Je suis devenue une nana Instagram

Hier, Mère est rentrée chafouin.

Elle s’est assise dans le salon d’été, les bras ballants, le regard vide, et elle a chouiné. Elle disait qu’elle n’avait pas le moral, qu’elle avait l’impression de n’avoir pas eu une journée productive, qu’elle n’avait rien fait (ce qui est le summum de la dépravation pour Mère qui souffre d’un Haut Trouble d’Ultra-hyperactivité), et qu’elle avait envie de faire quelque chose, mais elle ne savait pas quoi, elle hésitait entre aller courir et prendre l’apéro.

Ici je laisse un instant de silence parce que vous avouerez que son échelle de valeur craint sévère. Moi, par exemple, comme tout être humain normalement constitué, je n’aurais jamais hésité entre ces deux choses antinomiques : le sport et l’apéro.

J’aurais choisi l’apéro.

Je le précise quand-même au cas où vous ne cerneriez pas super bien ma personnalité.

Mais allez savoir ce qui m’a pris, je m’entends encore dire : « Si tu vas courir, je viens avec toi ».

Ce sont des choses qui peuvent arriver. Certains criminels, par exemple, avouent avoir agi sur un coup de folie, ce moment où tout bascule et où ils ne reconnaissent pas leurs actes.

A ce moment-là, j’ai eu l’impression d’être une autre femme. Une version de moi inversée.

Au lieu de plonger la main dans un bol de cacahuètes enrobées, j’allais devenir une Instagrameuse « body positive » qui enfile ses baskets pour partir faire son footing.

Déjà la veille, Mathilde s’était beaucoup inquiétée pour moi parce que j’ai mangé une carotte crue à la place de mes chips. Ici, je franchissais un nouveau seuil : faire du sport.

On est parties. Mère a crié à Adèle : « A tout à l’heure, on part courir ». Adèle a dit : « On ? » avec angoisse. Mère lui a répondu : « Natha et moi ». Là, Adèle a sorti sa tête de sa chambre et, les yeux ronds comme des soucoupes, elle a dit : « Des extra-terrestres ont kidnappé ma grande sœur et ont pris possession de son corps », et je ne pouvais pas lui en vouloir pour cette remarque parce que je pensais à peu près pareil. Sauf que je sais que quand les extra-terrestres kidnappent des femmes, c’est pour les engrosser afin de mieux coloniser la Terre, pas pour leur faire faire du footing dans les bois.

J’oublie de préciser que je tousse depuis deux jours et que je me shoote à coups de jus de citron histoire d’enrayer la bronchite qui se profile doucement et qu’il il faisait un froid à vous pourfendre les bronches. Mais rien ne pouvait entamer ma nouvelle personnalité d’Instagrameuse, donc j’ai foulé le sol de la forêt d’un pas léger. Traduisez par  » J’ai hissé mon gros cul, traînant la patte et crachant mes poumons, l’aorte prête à rompre ».

Au début, tout allait assez bien, je dois le reconnaître. Il me restait encore quelques acquis de mon dernier entraînement, celui que j’avais fait un an auparavant avec Mélanie. D’ailleurs, Mère a déclaré : « Mais tu te débrouilles bien ! « . Je lui ai répondu, en soufflant comme une forge : « Promets-moi de ne rien dire à Mélanie ». Parce que je savais que si elle apprenait que je me suis « remise à courir », elle allait me harceler jusqu’à faire de moi la femme qui remporte l’ultra trail du Mont-Blanc.

Mère m’a dépassée. Elle courait devant moi et revenait en arrière pour me rejoindre, faisant des allers et retours comme Happy quand il renifle les fougères. Elle m’a fait signe de continuer sur mon chemin alors qu’elle bifurquait afin de faire une plus grande boucle.

Cela faisait presque une demie-heure que je courais et je voyais le point bleu de la veste de Mère s’éloigner de plus en plus de moi jusqu’à disparaître derrière les arbres quand une douleur a vrillé le haut de mon cuissot gauche. Je n’ai pas fait la médecine, mais j’ai suffisamment regardé des bribes de Grey’s anatomy à cause de Caro pour pouvoir affirmer que c’était un claquage. J’ai pensé à la phrase « Préparez le défibrilateur péruvien », qui est une sorte blague qu’on fait avec Mélanie, et j’ai continué à courir, mais en claudiquant un peu, et à chaque pied gauche qui se posait sur le sol, je pensais  » Aïe ».

C’est un claquage, ça ne fait pas de doute

Ayant été élevée dans une famille de sportifs, je connais tous les préceptes du jogging, même sans en avoir pratiqué. Je sais que le dernier tronçon (depuis le gros arbre au coin jusqu’à la voiture), on doit faire un sprint, pour terminer en beauté. Mon beau-père disait : « Pour se décrasser les jambes » et c’est vrai que les miennes étaient sacrément encrassées, tout comme mes bronches déjà affaiblies qui aspiraient l’air froid à grandes goulées. Bien entendu, j’aurais été incapable de faire ce fameux sprint final, et je tentais plus humblement de simplement rejoindre la voiture quand j’ai entendu que quelqu’un derrière moi courait à grandes enjambées. J’ai pensé au mec chelou que j’avais croisé auparavant et qui faisait des sprints avec son doberman et j’ai tenté d’accélérer le pas, me concentrant sur les « Aïe » réguliers que j’émettais. J’ai pensé à tous ces thrillers islandais dont je m’abreuve. Mon corps, dévoré par un doberman, retrouvé à cent mètres à peine de ma voiture. Mère qui arriverait trop tard pour me sauver, ou qui subirait le même sort un peu plus tard. J’ai accéléré la cadence, sachant pourtant qu’il me rattraperait et que l’issue serait inexorable.

La douleur irradiait dans ma jambe. La présence se rapprochait, jusqu’à me dépasser. C’était Mère. Elle était fraiche comme un gardon. J’ai tenté d’articuler : « Si tu n’en n’as pas assez, tu peux refaire une boucle. Je t’attends ici ». Elle m’a dit : « Oh non, ça va. Il faut que j’en garde sous le capot. » « Moi aussi » ai-je dit, pour donner le change.

Et on est rentrées à la maison. Dans la voiture je lui ai avoué : « Je me suis blessée ». Elle a dit : « Il faut faire un peu de yoga. Des salutations au soleil. Il n’y a rien de tel pour étirer les muscles ».

J’ai déroulé mon tapis de yoga, et quand j’ai commencé ma petite séance de yoga post jogging, je me suis dit que c’était officiel, j’étais devenue quelqu’un d’autre. Quelqu’un de bien. Il ne me manquait plus qu’un jus de chou kale et je passais officiellement de l’autre côté du miroir.

J’avais besoin de parler à quelqu’un. Une personne digne de confiance qui ne connaisse pas Mélanie. J’ai envoyé un petit message à Fanny. Fanny, c’est ma nouvelle copine. On ne se connait pas encore très bien, alors quand elle m’a demandé : « Tu fais quoi de beau ? » et que je lui ai répondu : « Je viens d’aller courir 40 minutes », comme si c’était une chose tout à fait normale, j’ai eu l’impression d’être un imposteur (le mot n’existe pas au féminin, ce qui tombe sous le sens). J’ai d’autant plus savouré mon effet qu’elle semblait très impressionnée. Puis, par souci d’honnêteté intellectuelle, j’ai rétabli la vérité. Quand elle m’a dit : « ça doit faire du bien, de courir » , je lui ai répondu  » Non, absolument pas, en fait. ça fait même beaucoup de mal ». Je marchais comme un canard boiteux et je toussais de plus en plus fort.

Ma jambe de bois s’appelle Smith

Le soir, alors que nous regardions une série, je me suis levée du canapé pour aller ouvrir à Petite-Beauté qui défonçait la baie vitrée pour entrer, et j’ai eu la même démarche qu’aurait eue Quasimodo un soir humide, ce qui a fait glousser Mère.

Me dirigeant douloureusement vers le canapé, je me suis rassise et, à ce moment-là, l’inspecteur de police a demandé à une vieille dame munie d’une cane de lui faire visiter l’étage et elle lui a répondu : « Je ne peux pas, j’ai la guibole qui ne suit plus » et Mère s’est exclamée : « C’est toi !!!! » et elle a ri de façon démoniaque.

Je suis allée me coucher. Trainant la patte, je me suis hissée en haut des escaliers dans une quinte de toux encore plus violente, lacérant mes poumons. J’avais l’impression d’avoir 90 ans.

Mère m’a souhaité bonne nuit. Elle a dit : « Récupère bien des forces, parce que demain, on va courir 50 minutes ».

Sur la mentalité de fonctionnaire

Hier, ma collègue Joëlle, qui, comme moi, s’intéresse beaucoup au sport, m’a tendu un papier trouvé dans la salle de sports de sa fille.

Ce papier, c’est une annonce car ils recrutent un coach sportif.

Je vous vois venir : Vous pensez que, comme je suis devenue sportive, je vais postuler.

Ce qui est hautement crédible (je vois que vous me connaissez bien), mais il n’en n’est rien. Je suis bien là où je suis et, quoi que vous en pensiez, le métier de bibliothécaire est lui aussi relativement sportif.

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C’est plutôt que le contenu de l’annonce nous a hérissé le poil.

Voyez plutôt :

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« Vous n’avez pas une mentalité de fonctionnaire ».

Comme le disait si incorrectement mon professeur de néerlandais : « Qu’est-ce que cela peut-il bien vouloir dire ? »

Non mais des fois.

Je vous le demande.

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Je l’ai échappé belle

Ce soir, toute fière de la-nouvelle-personne-que-je-suis-devenue (sportive), j’ai enfilé mes baskets et empoigné mon sac de sports et j’ai filé telle une svelte gazelle pour DEUX HEURES de cours avec Christian Grey (body combat/zumba).

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Au bout de la première heure, c’est-à-dire au moment où nous terminions par quelques menus pompages et que j’étais écarlate, dégoulinante et que mon cœur allait tomber sur le sol, deux hommes sont rentrés dans la salle et ont interpellé Le Coach.

Christian nous a annoncé tout de go : « La salle doit être évacuée, car il y a un incendie dans l’usine d’à côté« .

Nous, on s’est levées comme d’une seule femme.

Mais Christian nous a dit : « Restez encore quelques minutes, les filles, on va faire les étirements« .

Là, une des élèves a déclaré : « Tu nous excuseras, Christian, mais on préfère être un peu rouillées demain mais être en vie ». Et on a sauté dans nos manteaux puis dans nos voitures.

Dehors, des dizaines de camions de pompiers évacuaient le quartier. Il faisait étrangement calme, personne ne cédait à la panique, mais je dois bien reconnaître que c’était assez impressionnant, tout ce déploiement de lumières bleues dans la nuit.

Je suis rentrée chez moi soulagée d’être en vie.

  •  Parce que j’aime la vie, et que j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux.
  • Aussi parce que je ne voudrais pas infliger une nouvelle épreuve à ma famille.
  • Mais surtout parce que si j’avais péri dans les flammes (pas cool, d’ailleurs), la dernière chose que j’aurais faite sur cette vaste Terre, c’est de faire des pompages avec Christian Grey.

Et ça, vraiment, ça craint le boudin.

rocky

Le lendemain matin, quand j’ai expliqué ma mésaventure à Sophie, elle m’a dit : « Tu sais, Nathaliochka, ce n’est pas parce que tu n’aimes pas le sport que tu devais pour autant mettre le feu à la salle« .

feu

On a retrouvé Christian Grey

Vous souvenez-vous de Christian Grey ?

christian grey« On va au bal masqué ? »

Non, pas celui qui met la fessée quand on a été vilaine.

L’autre : mon prof de sport.

Eh bien, on l’a retrouvé.

Oui, je sais, cette phrase sonne bizarre.

Ton prof de sport avait disparu ? Comment se fait-ce ?

Un peu comme s’il s’était subitement dématérialisé.

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« Christian, c’est toi ? »

Ou comme s’il avait dû suivre le programme de protection des témoins et disparaître sans laisser de trace afin de continuer sa vie en toute sécurité.

Ou même comme si j’avais soudainement oublié le chemin qui va de chez moi à la salle de sport et qu’après avoir erré pendant des semaines dans les rues environnantes, j’aie décidé d’abdiquer et de rentrer chez moi me vautrer dans le canapé.

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« C’est pas de ma faute, mon prof de sport a disparu »

Non, ce n’est rien de tout cela.

Christian Grey avait disparu de notre environnement parce que la salle de sport avait fermé.

Mais moi, j’aimais bien Christian Grey, ce tortionnaire.

Même si quand je rentrais chez moi j’avais les jambes en mousse et que le lendemain, je me transformais en bonhomme de fer. Celui dans le Magicien d’Oz.

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« Mettez un peu d’huile dans mes rouages, please »

Je l’aimais bien, Christian Grey.

Même si notre entraînement était le même que Rocky Balboa qui aurait eu Jackie Chan comme meilleur ami.

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« Je soulève une brindille »

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(Spéciale dédicace, Maximilien)

Ou même si ses cours faisaient penser à une épreuve de Colle-en-tas.

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« Allez, Germaine, soulève ton cul « 

Puis un soir, je reçois un message de Mel-Bichon : « Je crois que j’ai retrouvé la trace de Christian Grey« .

Elle n’avait jamais vu Chrisitian Grey, mais elle en avait entendu parler à travers mes récits palpitants et, en s’inscrivant à la nouvelle salle qui s’ouvrait près de chez elle, elle se rendit compte qu’un type pareil, il ne pouvait pas y en avoir 36. La description que j’en avais fait collait parfaitement au personnage qui se trouvait en face d’elle et qui l’obligeait à faire 7622 pompes en frappant dans les mains.

rocky

« Et de trois, et de quatre »

« C’est horrible« , m’a-t ‘elle confié. « J’ai l’impression d’être Monsieur Patate« .

-Monsieur Patate ?!

-Oui : tu sais : celui qui perd ses bras et ses jambes ».

-Aaaah, ai-je répondu.

« Je pense en effet que tu as retrouvé Christian Grey ».

monsieur patate

« Putain de sa race »

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J’ai testé pour vous : le u-bound

Quoi ? Vous ne connaissez pas le u-bound ? (prononcez « youbonde »)
Mais vous sortez de votre campagne ou quoi ?!
Même si la sonorité du terme fait plutôt penser à une pratique sexuelle déviante, il s’agit d’un sport.
(Dites-moi, Chantal, avez-vous déjà pratiqué le u-bound ? Oh oui Jean-Pierre, tous les mercredis, et je ne raterais une séance pour rien au monde)
james-bond-1Mon nom est Bond. U-bound.
Personnellement, je suis tombée sur une vidéo sur youtube il y a de ça un an à peu près.
On y voyait des femmes sauter avec allégresse (le mot est faible) sur des petits trampolines individuels. J’ai trouvé ça génial !
(Ici, je vous conte mon désarroi. J’ai recherché pendant plus de deux heures LA vidéo qui a fait naître ma vocation et, une fois que je l’ai enfin trouvée, j’ai réalisé qu’il est impossible de poster une vidéo sur ce blog. Donc vous seriez bien gentils de cliquer ICI pour la voir, merci.)
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« Wopélop »
A l’époque, j’osais encore affirmer que j’étais sportive, ou du moins sportive en devenir et, du coup, j’ai eu envie d’essayer (vous connaissez on attrait pour les expériences nouvelles et enrichissantes).
Stéphanie, toujours désireuse de se lancer dans de nouvelles aventures avec moi, m’a affirmé que sur ce coup là, elle me suivrait.
Comme nous ne savions pas si notre petite ville pouvait proposer ce sport hautement tendance, nous avons pris nos renseignements. Un club en proposait, mais les horaires ne nous convenaient pas.
J’ai donc dû abandonner ma N.G.I. (Nouvelle Grande Idée).
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Stéphanie, quant à elle, a pris l’option « Je fais du sport dans mon salon en suivant un tuto sur internet ».
Elle a filé chez Décathlon (à fond la forme) pour s’acheter un petit trampoline, et je l’ai aidée à sélectionner un coach en ligne.
Vautrées dans le canapé, nous regardions différents profs de fitness sautiller et se donner beaucoup de mal pendant que nous engouffrions des poignées de cacahuètes enrobées au paprika en faisant nos commentaires.
« Celle-là, elle a l’air bien, mais je n’aime pas trop sa tenue. »
« Oui, rien à faire, je ne crois pas au revival du fluo »
« Moi non plus. Le fluo appartient aux années 80 ».
« Mate celui-là, il est ultra sexy ! « 
« Trop musclé pour moi, je préfère plus de finesse »
« Diantre, comme ils ont l’air fatigants, ces exercices. »
 » Je suis fourbue rien qu’à les regarder ».
megot
Si on s’en tient à sa version des faits, Stéphanie a suivi quelques séances avec son sexy-coach online (mais je n’en crois rien).
Puis elle a déménagé en-dessous de chez moi et sa vie en appartement a signé son arrêt de trampoline.
Dans un studio, il est tout bonnement impossible de pratiquer ce genre de sport sous peine de se faire une commotion en se frappant la tête au plafond ou de se retrouver dans la cuisine de Didier, le voisin du dessous.
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Salut, Didier 
Depuis cette découverte, un an a passé.
De l’eau a coulé sous les ponts.
Et la semaine dernière, je me suis enfin rendue à mon premier cours de u-bond.
BRAVO, NATHALIE SACRé.
Un miracle que je sois toujours en vie pour vous le raconter.
Tout d’abord, le prof est venu me voir pour m’expliquer dans quelle position je devais me tenir.
Il m’a aussi expliqué que comme les pieds du trampoline se dévissent, je devais être prudente.
Voilà qui était engageant et rassurant.
La première chanson a commencé.
TOP DEPART.
Sauter en l’air.
Pas si aisé. Surtout quand on n’a rien pour se tenir, qu’ils ont tamisé les éclairages (Est-ce que ce maudit engin est toujours bien sous mon axe ?) et que les pieds se dévissent.
u-bond1
Au bout de quelques minutes seulement, je sens mon cœur qui se fait la malle. Tenir une heure à ce rythme ??? Est-ce seulement envisageable ?
Je décide alors de ralentir la cadence, histoire de ne pas mourir foudroyée d’un infar au milieu de la salle de sport.
Un choix stratégique, en somme.
Au bout de quelques chansons, le prof vient vers moi et me demande comment je vais.
Je lui halète un douloureux (et un rien agressif) « Je crois que mon cœur va tomber sur le sol d’un moment à l’autre ».  Il fait la grimace et j’ajoute : « Si je vous le dis, c’est pour que vous soyez prévenu ».
Là il a ri de ses grandes dents blanches et il a déclaré :
« Si c’est trop difficile pour toi, tu peux partir maintenant. Tu as bien travaillé. »
Moi ? Abandonner au milieu d’une séance de sport ? JAMAIS.
Voilà comment votre reporter a testé pour vous une séance de u-bond.
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Ma première (et dernière) roller parade

Je me sentais emplie d’une énergie positive ce jour-là. Prête à prendre le taureau par les cornes et la vie à bras-le-corps. Un jour idéal pour entamer un bon petit PEH.

Pour rappel : Un PEH, c’est un Plan d’Élargissement des Horizons. Destiné aux célibataires, il consiste à participer à une activité à laquelle nous n’aurions peut-être jamais participé naturellement dans le but justement d’élargir nos horizons et, éventuellement, faire LA rencontre fatidique.

Vicki with a twist

Extrêmement inspirée, j’ai pensé rejoindre Nel-Bichon à la roller parade du jeudi.

C’est bien, le roller. C’est une activité nouvelle pour moi, sportive, qui permet de se dépenser un peu en s’amusant et en prenant un bon bol d’air avec les copines.

Il faut savoir que Nel a l’habitude de ce genre d’activité. Elle fait du roller toutes les semaines depuis des années et qu’elle ondule sur le bitume comme si elle était née des roulettes greffées aux pieds.

RollerBabies_3

Roller #mapauseentrecopines

Quant à mon expérience de ce sport, elle est plus limitée.

Enfant, je faisais bien quelques allers et retours avec mes patins à roulettes Fisher Price dans la petite cour devant la maison, mais je ne tombais jamais parce que je marchais au ralenti, en soulevant bien mes pieds comme un cosmonaute qui aurait peur d’abîmer la Lune.

Pour faire du roller, il faut un minimum de matériel. Ne fût-ce qu’une paire de rollers, me direz-vous. Et je pense que des protections chevilles-jambes-genoux-coudes-mains-visage ne seraient pas du luxe non plus, à vrai dire.

En femmes avisées, nous avons décidé de profiter des soldes afin d’acquérir ma panoplie de parfaite patineuse.

Nel, en imminente spécialiste, m’a accompagnée. Elle voulait s’acheter une paire elle aussi, parce que les roues de ses rollers actuels se dévissent et elle pense (sans doute a raison) que ce n’est ni pratique ni sécurisant.

Hystérie dévastatrice des soldes oblige, il ne restait que peu de paires à ma taille, pour ne pas dire qu’il n’en restait qu’une seule. Mais quelle paire ! D’un rose bonbon irisé, ces rollers là ressemblaient un peu à de grosses dragées. Des rollers de Spice girls.

roller rose.png« Mire-moi cette magnificence »

Nel m’a conseillé de les essayer en me promenant un peu dans le magasin. J’ai donc obtempéré.

Mon intention était la suivante : ne pas la ramener et faire un petit tour nonchalant dans les allées du magasin.

Des images qui me parlent !

C’est dingue comme l’équilibre -cet élément qui semble inné- devient rapidement une notion désuète et lointaine, une fois perchée sur ces engins.

J’ai très vite senti que les séances de mon enfance sur mes Fisher-Price à quatre roues et crans d’arrêt ne m’avaient pas suffisamment préparée à affronter la vraie vie d’adulte, celle où l’on doit chausser des bottines roses élevées sur une seule rangée de roulettes très très glissantes.

Vous vous en doutez : il ne m’a pas fallu deux secondes pour choir lamentablement et avec grand fracas parmi les tringles de maillots de foot, elles-mêmes montées sur roulettes.

essayage rollersUn choc violent, conduisant immédiatement à une fesse violette.

Quel sport dangereux.

Je croise les doigts pour que tout se déroule bien et que le circuit ne nous fasse pas passer le long de la Meuse. Car je refuse de déraper et de couler à pic, entraînée par le poids des grosses dragées vissées à mes pieds.

Trois fois hélas, je crains que le «Plan d’élargissement d’Horizons» ne se transforme pour moi en «Réduction de tous les horizons». Car une fois édentée, mon potentiel de séduction diminuera de beaucoup.

30 photos de mecs en shorts dans les années 1970, une tendance oubliée qui rendait les hommes cool

Et puis, étant donné que Nel possède maintenant deux paires de chaussures roulantes, elle veut bien m’offrir son ancienne paire.

Vous savez, celles dont les roulettes se dévissent…

roller parade

Je commencerai par vous préciser que j’aurai l’honnêteté de vous raconter la roller parade dans ses moindres détails, malgré tout ce que cela a d’humiliant. Question d’honnêteté intellectuelle.

Déjà, le parcours commençait par un tas de petites rues pavées et escarpées, ce qui n’est pas très chic de la part des organisateurs, vous en conviendrez.

Dès le signal de départ, j’ai pris un fameux retard sur le peloton. J’ai  les ai laissé les autres participants foncer à toute berzingue pendant que j’analysais l’étrange aspect du terrain. Là, j’ai voulu faire un peu d’humour en criant « Faux départ ! », mais personne ne m’écoutait, à part Nel qui essayait de me rassurer en m’expliquant que le sol serait plus praticable un peu plus loin.

C’est de cette manière qu’en cinq minutes à peine je suis devenue la lanterne rouge.

Les types qui encadraient l’événement se sont mis à me hurler dessus parce que j’étais trop lente à leur goût, que je devais me dépêcher parce qu’ils ont un timing à respecter. (Je croyais que le sport aidait à sécréter des hormones de joie, mais chez certains il semblerait que c’est plutôt de l’agressivité).

Etant donné que je tenais à peine sur mes jambes, il m’a semblé bien difficile d’accélérer la cadence. Ils m’ont donc ordonné (au bout de 5 minutes de trajet, je vous le répète) de monter dans le bus balai, qui venait à peine de démarrer.

Nel, en fidèle amie qui braverait tout pour moi, même le ridicule, m’y a accompagnée. Dois-je le préciser ? Il n’y avait que nous deux dans la camionnette. Et Jean-Claude (le chauffeur), bien entendu.

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Jean-Claude nous a déposées un peu plus loin, là où la route était plate et lisse comme un miroir.

Là tout se passait mieux, surtout quand Nel me poussait dans le dos pour éviter les sarcasmes de l’équipe-d’-hommes-agressifs qui nous entourait à nouveau.

Ensuite, comme elle connaît bien le parcours, elle m’a avertie que le chemin allait monter très fort et qu’il serait plus prudent de remonter dans le bus.

Jean-Claude nous a laissées monter, parce qu’il nous connaissait bien. On a bavardé un peu avec lui. Il est chauffeur depuis 22 ans. On est redescendues un peu plus loin, après la route escarpée.

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« A plus, Jean-Claude Duss »

C’est scientifique : toute route qui monte doit redescendre un jour.

Nous avons donc entamé la descente. Je mourais de peur. J’entendais mes genoux jouer des castagnettes.
J’avais des visions de moi ayant fusionné avec un buisson plus bas, ou, pire, avec un lampadaire. Voyant mon air livide, Nel tenta de me rassurer en m’expliquant avec beaucoup d’assurance qu’elle me tiendrait par le pantalon pour éviter que je ne fasse un strike humain un peu plus bas.

Rapidement, mon cerveau évalua la situation : Nel pèse la moitié de moi. C’est une frêle jeune femme alors que je suis une force de la nature (je vous rappelle que je mange beaucoup de dinosaures russes). Voyant que je doutais, elle me rassura en me disant  : « J’ai beaucoup de force, mon bichon ».

C’est donc de cette manière que nous avons descendu la route, Nel positionnée derrière moi, m’agrippant par la ceinture afin de ralentir notre allure. Je ne freinais pas (Nel s’en chargeait) et je fermais les yeux de panique. A ma grande surprise, nous sommes arrivées entières en bas, sans encombres.

Et puis, tout à coup, la route est devenue merveilleuse. Le macadam glissait comme de la soie, mes belles dragées avançaient élégamment sur l’asphalte.

Les derniers (ces loosers) étaient loin derrière moi et nous nous sommes même lancées dans une grande discussion philosophique sur notre dégoût pour les tomates crues.

Seulement voilà : Nel roulait un peu trop vite à mon goût et moi, trop fière pour lui demander de réduire un peu le rythme, j’essayais de l’écouter, de parler, tout en roulant, choses que toutes les vraies rollerwomans font très naturellement, dans le genre « je gère, Albertine ».

Sauf que je ne gérais rien du tout.

Et là, ce fut le drame.

Mes roulettes s’emballèrent, mon corps tangua dangereusement, mes bras firent des moulinets, suivis par mes pieds, et je fis exactement ce que l’on m’a dit mille fois de NE PAS faire : tomber en arrière.

Sur l’arrière-train, avec violence.

Je me relève, un peu sonnée.

Les autres participants filent droit sur moi à toute vitesse en essayant de m’éviter au dernier moment (vous savez, un peu comme ces voitures sur l’autoroute qui se trouvent face à un obstacle : un cadavre de chien, une chaise en bois,…).

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Je reprends ma course, cette fois plus lentement. Je ressens une douleur qui me vrille l’arrière-train.

Cinq minutes plus tard, les roues d’une de mes dragée se bloque net. Plus moyen d’avancer.
C’est à ce moment là que Jean-Claude Duss arrive avec son bus (car je suis à nouveau la lanterne rouge) et qu’il nous ordonne de remonter avec lui.

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Je rappelle tout de même que j’étais là pour rencontrer de beaux jeunes rollermans.

Mais je ne recommande ce PEH à personne car :

– Les beaux rollermans musclés et qui assurent se trouvent à la tête du peloton, ce à quoi il est difficile de parvenir à moins de suivre un entraînement intensif.

– Je ne pense pas non plus que les hommes soient positivement fascinés par cette mine rougeaude que j’affiche dès qu’il me faut bouger les fesses – ce n’est donc pas lors d’un quelconque événement sportif que je rencontrerai un prince.

– Ce n’est pas non plus dans le bus balai que l’on rencontre des princes. On y rencontre plutôt ceux qui n’ont pas une condition physique d’enfer ou un moral d’acier, ou encore ceux qui rencontrent sur leur chemin nombre de problèmes techniques (à éviter).

– Les types de la roller parade, s’ils devaient être représentés sur un plan plus large (planétaire, par exemple), seraient dignes d’être de ceux qui dirigent un état totalitaire, une société où l’on élimine les plus faibles.

Quant à mon arrière-train, il est sévèrement paralysé, et la douleur est atroce.

coccyx-brise-e1472476941815« Bref, j’ai fait du roller »

Père est foot

Père aime le foot.

Père supporte les Diables.

En 1986, j’avais six ans (stop, ne vous fatiguez pas à calculer, je suis née en 80) et les p’tits belges sont allés à Mexico.

C’était l’été où la télé nous lâchait. De temps en temps, elle se brouillait ou s’éteignait net.

Caro et moi nous installions sur une chaise (pourquoi donc ? N’avions-nous pas de canapé confortable, comme tout le monde ?) et, une orangeade fraiche à la paille dans une main, nous observions Père devenir successivement blême puis rougeoyant.

télé

Suant à grosses gouttes, il hurlait des noms d’oiseaux (ces noms d’oiseaux qu’il nous interdisait de répéter dans la cour de récré) et frappait la télévision, tantôt du plat de la main, tantôt avec un balai.

L’antenne de la télé était devenue son obsession et il la torturait afin qu’elle lui renvoie autre chose que les images de « petites fourmis » que vous n’avez pas connues si vous êtes né après les années 80.

snoopy télé

C’est quand les belges marquaient des buts et que la neige télévisuelle interrompait le suspense du match que le spectacle devenait le plus intéressant pour nous.

Père, une cape nouée autour du cou, chaussé de chaussettes de sport glissées dans ses tongs courait en long et en large dans la maison en s’époumonant.

C’est un peu en l’honneur de cet été détonnant que Caro et moi avons décidé d’aller voir le match de samedi soir chez lui.

Il nous a juste envoyé un message disant : « Costume obligatoire ».

Le matin match en question, Cath m’a envoyé une photo d’escargots trouvés dans son jardin. Comme ils étaient bien alignés aux couleurs de notre drapeau, on y a vu le signe que les dieux du stade étaient avec nous.

Trois fois hélas l’issue a été fatale.

Mais quand Père regarde le foot, il fait 32 de tension.

Et c’est bien drôle.

J’en ai presque oublié de vous dire que Père est dans le plâtre.

Cette annonce suscitera de la part de mon lectorat deux types de réactions.

D’une part, un soupçon d’indifférence (« Mais que veux-tu que ça nous fasse, que ton père se soit cassé la binette ? »).

Il s’agit là des personnes qui ne connaissent pas mon Paternel.

D’autre part, il y aura énormément de compassion de ceux qui le connaissent. De la compassion pour son entourage.

Père a donc le poignet fêlé.

 

Quand je lui ai demandé comment il s’était amoché de la sorte, il a juste répondu « Il est interdit de se moquer ».

Ce qui, en toute logique, n’a fait qu’attiser ma curiosité déjà vive.

Il se fait qu’il est monté sur une chaise afin de cueillir des cerises et que la chaise a basculé.

Mon père, en mode « warrior » est allé dormir.

Au réveil, voyant que la douleur ne disparaissait pas, s’est rendu à l’hôpital.

Là, le médecin lui a mis le bras dans le plâtre.

Il lui a demandé s’il voulait qu’il lui réalise un plâtre noir, jaune et rouge.

Père, évidemment, était tenté. Mais il a refusé.

Parce qu’il se rend en France pour ses vacances et qu’il ne veut pas narguer les français « qui n’ont pas la chance d’avoir une aussi bonne équipe de foot que nous » (je cite).

Toujours est-il que le voilà immobilisé pour deux mois.

Ayons tous une pensée émue pour Belle-Maman, qui va devoir le supporter l’été durant.