Bibliothécaire dévouée

Sur la mentalité de fonctionnaire

Hier, ma collègue Joëlle, qui, comme moi, s’intéresse beaucoup au sport, m’a tendu un papier trouvé dans la salle de sports de sa fille.

Ce papier, c’est une annonce car ils recrutent un coach sportif.

Je vous vois venir : Vous pensez que, comme je suis devenue sportive, je vais postuler.

Ce qui est hautement crédible (je vois que vous me connaissez bien), mais il n’en n’est rien. Je suis bien là où je suis et, quoi que vous en pensiez, le métier de bibliothécaire est lui aussi relativement sportif.

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C’est plutôt que le contenu de l’annonce nous a hérissé le poil.

Voyez plutôt :

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« Vous n’avez pas une mentalité de fonctionnaire ».

Comme le disait si incorrectement mon professeur de néerlandais : « Qu’est-ce que cela peut-il bien vouloir dire ? »

Non mais des fois.

Je vous le demande.

Du coup, on s’est interrogées.

Qui est donc ce fonctionnaire lambda qu’évoque l’affiche ? Qui est-il dans l’inconscient collectif ?

Appelons-le Jean-Pierre.

Voici comment se déroule sa journée-type :

  • Jean-Pierre commence sa journée à 8h et la termine à 16h30.

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Attention au surmenage, JP

  • Il donne sa carte de pointage à Patricia pour qu’elle le note présent alors qu’il s’en va garer sa voiture.
  • Arrivé dans le couloir, Jean-Pierre s’installe devant la machine à café et se sert un gobelet de lavasse, juste pour griller des minutes.

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  • Jean-Pierre fait une pause clope toutes les deux heures.
  • Au fumoir, il drague un peu Micheline en faisant de l’humour misogyne.
  • Jean-Pierre n’a pas encore compris que l’humour misogyne est incompatible avec « lever une femelle ».

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  • Jean-Pierre papote toujours un peu avec Jeanine devant la pointeuse (huit minutes avant la fin de la journée, c’est déjà ça de pris).
  • Il tient le décompte minutieux de ses congés, aussi étendus que ceux des profs, mais sans la contrainte des congés scolaires.
  • Même si Jean-Pierre travaille dans la même administration depuis plus de trente ans, il n’a toujours pas été nommé alors qu’il n’a pas démérité.

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  • Jean-Pierre a orné son bureau d’un yucca et d’une photo de son caniche géant.
  • Jean-Pierre est vif et alerte et ses gestes ne sont jamais répétitifs.

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En bref, Jean-Pierre est tout l’inverse de John, le coach sportif.

  • John termine ses journées à 23h et donne sans compter.
  • Il s’agite dans tous les sens comme une poule sans tête (ça s’appelle : le sport).
  • John ne fume pas, ne boit pas, mais baise beaucoup.
  • Il lève les filles à la muscu en agitant son charisme d’homme sportif.

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« Allez, viens Samantha. Shake ton booty »

  • Il se shoote aux eaux détox et porte un essuie-éponge sur les épaules mais il ne l’utilise pas car John, par le plus grand des mystères, ne transpire pas.

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  • John a un contrat précaire et bosse dans cinq clubs différents.
  • Il doit utiliser sa voiture personnelle pour les trajets entre les clubs.
  • John ne connait pas le mot vacances.
  • Mais il s’en fiche car, en faisant du sport, son cerveau secrète des endorphines et il respire le bonheur.

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Sportive de haut niveau

Allumez le feu

Ce matin, tout en me servant mon green-smoothie, Sophie m’a dit : « Tu sais, Nathaliochka, ce n’est pas parce que tu n’aimes pas le sport que tu devais pour autant mettre le feu à la salle« .

feu« Adieu, les abdos »

C’est vrai que c’était peut-être un rien excessif.

 

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Vous ne savez pas de quel incendie criminel je parle ?

Cliquez ici.

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Sportive de haut niveau

Je l’ai échappé belle

Ce soir, toute fière de la-nouvelle-personne-que-je-suis-devenue (sportive), j’ai enfilé mes baskets et empoigné mon sac de sports et j’ai filé telle une svelte gazelle pour DEUX HEURES de cours avec Christian Grey (body combat/zumba).

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Au bout de la première heure, c’est-à-dire au moment où nous terminions par quelques menus pompages et que j’étais écarlate, dégoulinante et que mon cœur allait tomber sur le sol, deux hommes sont rentrés dans la salle et ont interpellé Le Coach.

Christian nous a annoncé tout de go : « La salle doit être évacuée, car il y a un incendie dans l’usine d’à côté« .

Nous, on s’est levées comme d’une seule femme. Mais il nous a dit : « Restez encore quelques minutes, les filles, on va faire les étirements« .

Là, une des élèves a déclaré : « Tu nous excuseras, Christian, mais on préfère être un peu rouillées demain mais être en vie ». Et on a sauté dans nos manteaux puis dans nos voitures.

Dehors, des dizaines de camions de pompiers évacuaient le quartier. Il faisait étrangement calme, personne ne cédait à la panique, mais je dois bien reconnaître que c’était assez impressionnant, tout ce déploiement de lumières bleues dans la nuit.

Je suis rentrée chez moi soulagée d’être en vie.

  •  Parce que j’aime la vie, et que j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux.
  • Aussi parce que je ne voudrais pas infliger une nouvelle épreuve à ma famille.
  • Mais surtout parce que si j’avais péri dans les flammes (pas cool, d’ailleurs), la dernière chose que j’aurais faite sur cette vaste Terre, c’est de faire des pompages avec Christian Grey.

Et ça, vraiment, ça craint le boudin.

rocky