Voyages

Lettre à Stelios, mon carnet de voyage (2) : Ça commence bien

Cher Stelios,

Nous sommes le 25 juin 2020.

Il est 10h du matin.

Aujourd’hui, c’est le jour J. On part faire notre road trip.

Je me dis qu’il serait peut-être temps de penser à ma valise. Alors je jette un tas de fringues dedans. Des maillots, des shorts, un tube de crème solaire. J’envoie une photo de ma progression à Laurence. « On démarre bientôt ! ». Je crois qu’elle est en émoi de voir nos vacances approcher et que c’est pour cela qu’elle dessine un arc-en-ciel sur ma photo puis me la renvoie.

Sache, mon joli carnet de voyage, que Laurence est une artiste peintre très douée, qui gagne à être connue. On peut ressentir son talent dans ses moindres faits et gestes.

Midi.

Avant de démarrer vers les olives et les bouzoukis, j’ai rendez-vous chez la gynécologue. Je n’ai pas eu vraiment le choix, tu t’en doutes, sinon j’aurais peut-être organisé autrement mes premières heures de vacances. Elle me prend en urgence sur son temps de midi. Sophie m’a dit : « Tu te rends compte, mon loukoum ? Elle sera en train de manger ses tartines de gouda en explorant ta grotte de Neptune ! ». Pour moi, le gouda, c’est sacré, et je trouve scandaleux de ne pas prendre le temps de le savourer, mais enfin soit, chacun occupe comme il l’entend son temps de midi.

Je rentre dans son cabinet. Je lui dis : « Je vous préviens, je veux bien enlever ma culotte, mais je garde mon masque ». Elle se marre. Je crois que ma gynécologue apprécie mon humour, ce qui est une chose plutôt rare. D’ailleurs, Adèle m’a interdit de faire de l’humour avec des inconnus, parce qu’il parait que cela les déboussole de trop.

16 heures.

Mère va me déposer à Dinant. Je traine ma grosse valise derrière moi. Je suis en extase. Laurence aussi.

On arrive devant la camionnette. Elle est tellement chargée que je me demande si je vais pouvoir y encastrer ma valise. Je m’interroge : a-t’elle pensé à moi en organisant son chargement ? Le doute est permis et se confirme très vite, dès que je m’assieds sur le siège passager. En fait, mes jambes sont trop grandes et ne rentrent pas dans l’habitacle. « Ah zut », me dit -elle. « Je n’avais pas pensé que tu avais de grands fémurs « . Puis elle empoigne Joe le chihuahua et le dépose sur mes genoux. « Lui, il voyagera ici ».

Un milliard de kilomètres, Stelios.

Je vais parcourir un milliard de kilomètres sans air conditionné, avec les genoux rentrés dans le tableau de bord et un chihuahua par-dessus le marché.

On démarre. Joe a chaud. Il halète. Dans les tournants, il se retient à moi en sortant ses petits pattes griffues et me les rentre dans les jambes.

Notre première halte est en Alsace.

Je sais, c’est loin. Mais je t’avais bien dit qu’on fait des petites étapes.

Laurence, à force de réserver des voyages et des chambres, est devenue influenceuse Booking. Cela lui octroie des avantages auxquels nous n’aurions jamais eu droit en temps normal, en tant que manouches de l’existence. Mais là, pour le coup, on a droit à une chambre de luxe avec vue sur un lac. La réceptionniste nous toise du regard et, observant notre chignon défait, nos tongs de compète, notre tenue débraillée et notre chihuahua, nous fait remarquer avec une moue : « Vous avez vraiment eu un bon prix pour la chambre ».

C’est vrai.

On se la joue grand train.

On sort se balader un peu  le long de la rivière, histoire de se déplier les jambes. J’explique à Laurence que je suis au régime, que cela fait un mois que je suis Wich-wach et que j’aimerais, si c’est possible, essayer de faire attention à ma ligne pendant les vacances. Elle me dit de ne pas m’inquiéter, qu’on mangera beaucoup de fruits et de légumes comme ça je rentrerai chez moi svelte et alerte.

 Au soir, on va manger au restaurant de l’hôtel.

Vu que l’Alsace n’est pas réputée pour ses brocolis cuits à la vapeur, on s’octroie un petit écart.

Tant que cela reste raisonnable, mon cher Stelios, moi je dis qu’on peut se le permettre.

Qu’est-ce que tu en dis ? Moi, j’ai l’impression qu’elles commencent bien, ces vacances.