Carnet de santé

Burnout

17 octobre 2021 – Burnout. Encore le genre de mot pour lequel Dédé nous ferait mettre cinquante centimes dans le cochon. Il déteste que l’on utilise des termes anglais et je le rejoins assez dans sa croisade. La langue française n’est-elle pas suffisamment riche pour que l’on ait besoin de recourir à celle de nos amis anglais ? Apparemment, on pourrait le traduire par combustion. “Je suis en arrêt maladie pour combustion”. 

Loin d’être instantanée, ma combustion à moi m’a demandé quelques années. Cinq ou plus, je dirais. Une combustion à petit feu. Un beau travail de sape, lent et bien soigné. Un travail d’orfèvre. 

Ce que je n’aime pas dans ce mot, c’est qu’il est rapidement devenu à la mode, alors qu’avant il semblait ne pas exister. Comment les gens faisaient-ils pour brûler la chandelle par les deux bouts, avant ? En plus, comme tous les termes à la mode, il est tellement utilisé à tort et à travers qu’il en perd de sa superbe. Tout le monde a fait, fait ou fera un burnout un beau jour dans sa vie. J’aurais préféré faire plus original. En vrai, tout le monde déclarera tôt ou tard : “Ce jour-là je n’ai plus pu me lever de mon lit, c’était une impossibilité physique, je me suis effondré”. Tout le monde pourra attester : “Moi aussi il m’est arrivé d’épuiser toutes mes ressources.” Est-ce normal? N’y aurait-il pas comme qui dirait un léger problème en ce bas monde ?

C’est aussi parce qu’il me faisait très peur que j’ai mis tant de temps à m’approprier ce mot, à le faire mien, alors que les médecins n’arrêtent pas de me l’écrire avec leurs écritures en pattes de mouche sur les certificats que j’enchaîne depuis ce même laps de temps. (Revue de presse : “L’écriture des médecins cause environ 7000 décès par an aux Etats-Unis, par mauvaise interprétation des pharmaciens”). 

Oh je suis comme ça. J’ai fait pareil pour la dépression. Tout ceci ne me concerne pas, ou si peu tellement peu. Et voilà que je comprends seulement (“Il t’en aura fallu du temps, dirait Adèle : un vrai Sherlock en herbe”) que derrière la dépression, que derrière Lyme, il y avait encore un noyau, un peu comme les couches d’un oignon que l’on pèle et que l’on ne finit pas de peler : mes problèmes et encore mes problèmes qui s’étendent à perte de vue. C’est fatiguant, Gary : Je n’en finis plus de n’en plus finir. 

Puis un jour j’ai compris qu’il n’était pas normal, lorsque Mélanie m’a demandé, alors que je m’apprêtais mentalement à reprendre le boulot, et ce après un arrêt de plus de dix mois déjà : “Alors, comment te sens-tu sur l’échelle de l’angoisse?”, de lui répondre : ”Exactement le même niveau que celui du soldat Ryan au moment où on le parachute sur une plage normande”.