Musique

Stromae

18 janvier 2022. J’ai peut-être dormi vingt heures sur vingt-quatre ces derniers jours, mais il ne m’a tout de même pas échappé que Stromae avait fait parler de lui. Burnout, dépression, et jusqu’aux effets neurologiques délétères d’un antipaludique, autant dire que je sens nos parcours étonnamment proches, toutes proportions gardées de star system évidemment.

Alors le critiquer, c’est toujours possible : tous les artistes s’exposent d’une manière ou l’autre à la critique, mais quand j’ai vu dire qu’il n’avait pas le droit de se plaindre sous prétexte qu’il est riche et célèbre, alors là, je sens mon poil se hérisser, et cette fois-ci, ce n’est pas sous le coup d’un villain virus. De un, je ne trouve pas qu’il se plaigne. Il témoigne. Et c’est autrement différent. C’est même son devoir d’artiste. Si on ne peut plus partager notre vécu, à quoi en sommes-nous réduits alors ? A parler de la pluie et du beau temps ? De deux : je le dis, je le redis et je le répèterai jusqu’à épuisement total de mes poumons s’il le faut, mais être riche, être célèbre, et “tout avoir pour être heureux” ne vous dispense en rien de pouvoir faire une bonne grosse dépression, ne vous épargne absolument pas de croupir dans ces pensées suicidaires dont il témoigne ici. C’est chimique, c’est dans le cerveau, ma bonne Dame, c’est une succession de circonstances qui vous amène à ce point de non retour et dire à quelqu’un qui a envie de se jeter par-dessus la balustrade : “Arrête un peu de te plaindre, tu as tout pour être heureux”, cela me paraît non seulement contreproductif mais également infâmant. Moi je dis heureusement que des artistes tels que lui peuvent témoigner de cela, pour ouvrir le dialogue, ou aider à mettre des mots sur quelque chose qui reste encore trop tabou à mon sens.

Sur ce, je sens que j’ai bien fait d’essayer de le défendre, il avait certainement besoin de mon opinion sur le sujet. Je m’en vais continuer de creuser mon trou au milieu de mes oreillers et de mes mouchoirs en papier.

Carnet de santé

Burnout

17 octobre 2021 – Burnout. Encore le genre de mot pour lequel Dédé nous ferait mettre cinquante centimes dans le cochon. Il déteste que l’on utilise des termes anglais et je le rejoins assez dans sa croisade. La langue française n’est-elle pas suffisamment riche pour que l’on ait besoin de recourir à celle de nos amis anglais ? Apparemment, on pourrait le traduire par combustion. “Je suis en arrêt maladie pour combustion”. 

Loin d’être instantanée, ma combustion à moi m’a demandé quelques années. Cinq ou plus, je dirais. Une combustion à petit feu. Un beau travail de sape, lent et bien soigné. Un travail d’orfèvre. 

Ce que je n’aime pas dans ce mot, c’est qu’il est rapidement devenu à la mode, alors qu’avant il semblait ne pas exister. Comment les gens faisaient-ils pour brûler la chandelle par les deux bouts, avant ? En plus, comme tous les termes à la mode, il est tellement utilisé à tort et à travers qu’il en perd de sa superbe. Tout le monde a fait, fait ou fera un burnout un beau jour dans sa vie. J’aurais préféré faire plus original. En vrai, tout le monde déclarera tôt ou tard : “Ce jour-là je n’ai plus pu me lever de mon lit, c’était une impossibilité physique, je me suis effondré”. Tout le monde pourra attester : “Moi aussi il m’est arrivé d’épuiser toutes mes ressources.” Est-ce normal? N’y aurait-il pas comme qui dirait un léger problème en ce bas monde ?

C’est aussi parce qu’il me faisait très peur que j’ai mis tant de temps à m’approprier ce mot, à le faire mien, alors que les médecins n’arrêtent pas de me l’écrire avec leurs écritures en pattes de mouche sur les certificats que j’enchaîne depuis ce même laps de temps. (Revue de presse : “L’écriture des médecins cause environ 7000 décès par an aux Etats-Unis, par mauvaise interprétation des pharmaciens”). 

Oh je suis comme ça. J’ai fait pareil pour la dépression. Tout ceci ne me concerne pas, ou si peu tellement peu. Et voilà que je comprends seulement (“Il t’en aura fallu du temps, dirait Adèle : un vrai Sherlock en herbe”) que derrière la dépression, que derrière Lyme, il y avait encore un noyau, un peu comme les couches d’un oignon que l’on pèle et que l’on ne finit pas de peler : mes problèmes et encore mes problèmes qui s’étendent à perte de vue. C’est fatiguant, Gary : Je n’en finis plus de n’en plus finir. 

Puis un jour j’ai compris qu’il n’était pas normal, lorsque Mélanie m’a demandé, alors que je m’apprêtais mentalement à reprendre le boulot, et ce après un arrêt de plus de dix mois déjà : “Alors, comment te sens-tu sur l’échelle de l’angoisse?”, de lui répondre : ”Exactement le même niveau que celui du soldat Ryan au moment où on le parachute sur une plage normande”.