Journal de confinement

En PLS au PPG

Mère est sportive. Elle suit des cours de trail dont elle rentre nuitamment, pleine de boue et trempée comme une soupe en s’écriant : « C’était génial ! On a dû monter et descendre la Citadelle 18 fois et on a sauté dans les flaques. J’ai l’impression d’être une petite grenouille ! ».

« Une grenouille sous amphétamines », tu veux dire ? Lui réponds-je alors, enfournant une bouchée de macaronis gratinés.

En plus de ses cours de trail, elle suit aussi des entrainements de PPG.

PPG, c’est l’abréviation de Préparation Physique Générale et, rien qu’au nom, on sent venir l’embrouille.

Un jour, Mère a emmené sa collègue Cindy avec elle au PPG et Cindy a souffert un tel martyre que le lendemain, elle a refusé de monter les escaliers qui menaient à son bureau, tel un vieux canasson à l’agonie, préférant l’ascenceur.

Je n’ai pas osé rire de Cindy, moi qui aime pourtant me gausser de bien des choses, car Mère m’a déjà expliqué en quoi consistaient les exercices et autant vous dire que ça m’a tout de suite refroidie, si bien entendu, l’on partait du postulat que cela eut pu m’intéresser un tant soit peu.

Mais la période que nous vivons est sombre à bien des égards et ce matin, j’ai décidé de devenir une autre femme, qui fait du sport et prend garde à ce qu’elle mange, histoire de resculpter mon corps de déesse de la fertilité.

Alors, quand Mère nous a dit que son prof donnait une séance en direct, Adèle et moi, toujours promptes à tester de nouvelles expériences, avons dit oui.

On a branché notre coach sur la télévision.

Happy nous a rejointes.

J’ai fait signe au coach.

Mère a dit : « Il ne peut pas te voir, Natha ».

« Ben merde alors. Si j’avais su, je serais restée en pyjama et je n’aurais pas rangé le salon »

« Tu es en pyjama et tu n’as pas rangé le salon »

« Ah oui »

Un bip a retenti.

Top départ.

On a dû trottiner sur notre tapis, de long en large. Avec les genoux en l’air.

Au bout de quelques minutes, Adèle a dit : « Je suis fatiguée ».

Mère a répondu : « Ce n’est que l’échauffement. Continue de trotinner ».

On devait avoir un peu de matériel. Une balle. On en avait pas. On a fait semblant de la taper contre les murs. Un élastique. On en avait pas. Alors on s’est enroulées dans des foulards. Une chaise et un coussin. J’ai trouvé ça cool, de faire du sport avec une chaise et des coussins.

J’ai vite déchanté.

Le chien se demandait ce qui nous arrivait.

Il m’a léché le visage alors que je tentais de faire des abdos.

Il est passé en dessous de moi quand je tentais de faire la planche.

Il a attrapé mon foulard avec ses dents quand je tentais de faire la grenouille ligotée.

Au bout de deux séries, Adèle a renoncé.

Il y en avait quatre.

J’ai tenu bon.

Un bip a retenti.

Fin de la séance.

Je me suis effondrée en Position Latérale de Sécurité sur le tapis du salon.

Happy aussi.

Kakou n’a pas spécialement apprécié la séance.

Quant à moi, je referai du sport sur chaise, c’est sûr et certain.

Sur chaise roulante.

Saine de corps et d'esprit

Bouge ton boule

« Etre au régime, ce n’est pas une mince affaire« , ai-je déclaré à mes collègues ce matin dans un éclair au chocolat de lucidité.

Cette phrase, on peut le dire, est une sorte de fulgurance.

« Oui oui, je suis en pleine crise d’inspiration »

Ce qui n’est pas simple, c’est que c’est une question de mathématique et de bon sens : il faut éliminer plus de calories que ce que l’on en ingurgite. CQFD.

Mais dans mon cas, je devrais faire trois triathlons par semaine et un marathon chaque weekend pour parvenir à un équilibre satisfaisant.

Impossible ?

OUI.

Car cela demande du temps. Et du temps, bien entendu, je n’en n’ai pas.

Ce n’est donc pas le courage ou les capacités qui me manquent, mon amour pour le sport étant de notoriété publique.

« Allez Ginette, on sort le turban en mousse »

Si je n’ai certes pas assez de temps pour embrasser une carrière de coureuse d’extratrail, je peux tout de même me mettre en mouvement.

C’est toujours ça de pris, c’est bon pour le cœur, c’est bon « pour ce que j’ai » et, comme le disait la Compagnie Créole : « C’est bon pour le moral ».

J’ai donc enfilé mes baskets, direction le halage. Et hop hop hop, je me suis mise à courir telle un cabri (ou telle une antilope, c’est comme vous voudrez). Traduisez : avec grâce et assurance.

Je sais que je suis faite pour le sport. C’est génétique. Mes parents sont sportifs. Et puis, quand j’étais adolescente, j’étais la baby-sitter des enfants Borlée. Ca compte, ça, non ?!

Allez hop, go to the ligne d’arrivée.

« J’aime bien quand les Romains m’applaudissent »

Saine de corps et d'esprit

Je grossis

Je grossis.

A vue d’œil.

Comme un soufflé au fromage. Ou comme le bonhomme Michelin, mais sans les rainures.

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« Micheline ? Oui, c’est moi »

J’ai décidé que cela ne pouvait plus durer. Qu’il était temps de me reprendre en main.

Je me suis rendue chez une nutritionniste.

« Apprête-toi à souffrir, chérie »

Elle m’a pesée.

Sa balance affichait au moins trois kilos supplémentaires par rapport à la mienne. Tricherie éhontée.

Elle s’est penchée pour regarder le chiffre (astronomique) et a déclaré, tout en regardant ses petits graphiques d’IMC : « Vous êtes obèse ».

Et là, je dois bien avouer que ça ne m’a pas plu. Pas plu du tout.

« Je suis seulement enrobée »

Ensuite, elle m’a mesurée d’un peu partout. Même du poignet.

Comme j’étais un rien nerveuse, j’ai tenté un peu d’humour en disant que je serais très heureuse de perdre des poignets.

C’est fou ce que mon humour peut être incompris, parfois, parce qu’elle m’a répondu que c’était pour se faire une idée de ma densité osseuse. Alors là, je n’ai pas lâché l’affaire (apparemment je tenais vraiment à me donner en spectacle) et je lui ai dit : « Je sais que si je pèse autant, c’est parce que j’ai de gros os ».

Là, il a régné un silence vaguement humiliant.

J’ai su que ma nutritionniste n’était pas réceptive à mon humour.

« C’était pourtant très très comique, Monique »

Après, elle m’a tendu mon régime alimentaire.

Il fallait cocher les cases avec ce que l’on mangeait. il y avait une colonne supplémentaire en bas : « Dans cette colonne là, vous notez ce que vous avez mangé en plus. Les excès. Par exemple, si vous mangez deux noisettes, vous les notez ici ».

« Chiche que j’en mange deux et demies »

Oui, elle a vraiment donné l’exemple de DEUX NOISETTES.

Comment lui dire ?

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, si je suis si obèse enveloppée, c’est que je suis capable d’engloutir neuf Dinosaures russes pour le dessert.

 

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Le père, la mère, la fille, et même le gros bébé joufflu, ils peuvent tous tomber dans le gouffre sans fond qu’est mon estomac.

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« Je crois qu’on va servir d’en-cas à Nathaliochka »

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, les choux à la crème de la Maison des desserts, je peux m’en sniffer des rails entiers avec mon amie Pascale.

« C’est chou d’être aussi bon »

Tu vois, Madame-le-Médecin-nutritionniste, je ressemble à ça quand je suis seule le soir dans ma cuisine (sauf que je n’ai pas une coupe de cheveux aussi merdique).

1148672272_small« A fond la nutrition »

Alors, vois-tu, tes deux noisettes en excès, elles me font vraiment RIRE.

Elles me font me plier en quatre.

Elles me font me tordre en deux.

« Véridique »

Bref, vous l’aurez compris, je suis sortie de chez la nutritionniste hilare.

Et obèse.

grossbouffe« Grosse Bouffe a faim »

Saine de corps et d'esprit

Make a Wich-wach

Parce que cela pourrait très bien être considéré comme un secret honteux, je ne vous avais pas encore annoncé que je me suis inscrite chez Wich-wach il y a deux mois environ.

Vous ne connaissez pas Wich-wach ???

Mais si ! Il s’agit de l’équivalent des AA, mais pour « les personnes en surpoids » (traduisez les grosses et les obèses). Weight Watchers, si vous préférez. Mais c’est vachement difficile à prononcer.

Wich-Wach, c’est un peu comme une secte dans laquelle on vous endoctrine à coups de fruits et légumes. Une petite société qui a ses règles et ses codes. Un microcosme.

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« Navet vous pas honte d’être aussi enrobée ? »

Parmi ces rouages, il y a le système de récompense (qui fonctionne fortement avec moi vous l’aurez compris, vous qui me connaissez de longue date).

Et parmi ces récompenses il y a l’étoile.

« Patrick l’étoile de mer, va me chercher des glaces, veux-tu. »

Je dirais en résumé, et pour palier aux lacunes des non initiés, que chaque fois que l’on perd trois kilos, on reçoit une étoile.

Les autres participantes n’applaudissent pas quand on reçoit une étoile, ce que je déplore. Mais elles sont très enthousiastes, voire très jalouses. Puisqu’il s’agit d’un milieu féminin (les hommes ne sont ni gros, ni obèses, ils sont juste costauds, traduisez par « puissants et virils »), les autres femmes te disent « Waw, c’est génial, quelle chance, tu as perdu trois kilos ! », mais en réalité tu sais qu’elles pensent « Quelle pouffiasse celle-là, je suis sûre qu’elle vire anorexique » et ça, c’est trop cool.

Toujours est-il que la semaine passée, j’ai cru que j’aurais mon étoile.

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Mais la bénévole qui s’occupe de la pesée (je suis au regret de vous dire que cela s’intitule vraiment ainsi) a chicané. Elle a regardé ma fiche et elle a dit, devant tout le monde : « Ah non, hein. Elle doit encore perdre 300 grammes ». J’ai donc répondu du tac au tac, sans me laisser abattre ni impressionner ni humilier que je la décrocherais la semaine prochaine.

Une gagnante, je suis. Une battante. Une warrior de la perte de poids.

En rentrant chez moi, j’ai mangé un gâteau pour me donner du courage.

Ma sœur Mathilde m’a dit qu’elle me trouvait incohérente. Je lui ai répliqué, la bouche pleine de pépites de chocolat : « Je revendique mon droit à l’incohérence ». C’est la phrase d’un grand Philosophe que j’aime beaucoup et que je ressers souvent car elle m’est très utile.

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Mais le problème, c’est que la semaine prochaine, c’est jeudi, jour de la pesée. C’est fou ce que ça passe vite, une semaine.

C’est pour cette raison que j’observe mon bac de glace Fermette à la vanille du coin de l’œil sans en manger une seule cuillerée.

C’est que j’ai de l’amour propre, moi, Madame.

Et le sens du challenge.

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Vous grossissez ?

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seuls.

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