Confinement

Rentrée des classes

Hier soir, après avoir fêté la fête des mères dans notre matriarcat féministe écrasant (appellation d’un ami vis-à-vis de ma famille), Mère a dit : « Pour te changer les idées, on va regarder notre série. Mais il ne faut pas aller se coucher trop tard, parce que demain, c’est la rentrée des classes ».

Elle savait que je faisais un syndrome du dimanche soir.

Pas un syndrome du dimanche soir de tapiole, quand tu manges ta tarte au riz sans en profiter à fond parce que tu sens ton ventre se crisper légèrement à l’évocation du lundi matin qui se profile. Non.

Moi, je vous parle du syndrome grand train. High level. Cinq étoiles. Celui du 31 août. Quand tu as eu deux mois de grandes vacances et que tu vas rentrer dans l’année supérieure. Que tes parents n’ont pas voulu t’acheter de nouveau cartable car tu es élevée par des cocos décroissants. Que tu essayes de te changer les idées alors que tu sais pertinemment que le temps s’enfuit et que tout converge inexorablement vers LE LUNDI MATIN.

On a donc regardé notre série. Une série policière danoise bien glauque et si stressante que c’est vrai que cela m’a détourné de l’idée même de rentrée des classes. Sauf qu’à la fin, à la toute dernière minute, les héros s’écrient : « Les gars ! On a eu les résultats du labo. Figurez-vous qu’ils sont morts de la peste pulmonaire !!! Quelqu’un a dû leur inoculer. Il va falloir éviter que le virus se propage à toute la population. »

Stop. Ecran noir. Fin de l’épisode.

En enfilant mes pantoufles, j’ai dit : « C’est vrai que cette série m’a bien changé les idées » et je suis montée me coucher.

Au matin, quand je ne suis pas parvenue à mettre la main sur mes chaussures et mon sac à mains, un vent de panique s’est emparé de moi. J’ai pensé que j’allais arriver en retard, ou alors sans mes papiers, ou alors que j’allais arpenter les ruelles en pantoufles, avec un sac en plastique à la main.

Je me suis rassurée en me disant que Sophie aurait sans doute le même problème que moi et que cette pandémie nous aurait définitivement fait muter en mode « Absolutely fabulous » : tenue débraillée, approximative et tape à l’oeil, clope au bec, coupe de champagne à la main, rail de coke dans la poche du pyjama en pilou, prêtes pour la reprise.

Je suis montée dans ma voiture.

Avec Françoise, on a décidé que dorénavant, on viendrait travailler à vélo. Que ce serait bon pour nos cuissots, et que comme ça, on ne devrait plus faire le plein avant novembre 2022. Mais il y avait un tel vent que j’ai eu la flemme de remonter toute ma vallée avec le vent de face et du coup, dès le premier jour, je me suis débinée. C’est un coup classique, dans mon existence.

Il parait que conduire, c’est comme rouler à vélo ou baiser : ça ne s’oublie pas.

Mais comme on parle de moi, cette pilote née, j’ai manqué avoir trois accidents et je me suis garée sur le trottoir, renonçant à manoeuvrer après 10 minutes d’acharnement, déclarant tout haut : « Je ne sais plus conduire ».

Je suis arrivée à la réunion.

Ninie m’a dit : « Comme tu es bronzée, Nathalie ! » et je lui ai répondu du tac au tac : « Oui, c’est parce que je n’ai pas travaillé, j’ai pris des bains de soleil dans mon jardin ».

C’est bien ici, la bibliothèque ?

Une collègue m’a dit : « C’est spécial, ta coiffure. C’est beau, mais tu ressembles de plus en plus à ton chien ».

Voilà voilà qui commençait bien.

On avait tous des masques, et on s’est lavé les mains.

J’avais l’impression d’être dans ET. Vous savez, quand les scientifiques le trouvent et qu’ils craignent qu’ils soit contagieux, alors ils l’enferment dans des bâches en plastique, ils enfilent des tenues waterproof et on entend des hélicoptères voler dans le ciel.

Notre collègue Dominique étant en isolation, elle s’est connectée à nous en visioconférence et, pour la faire tenir debout, on a mis le téléphone dans un vieux Tupperware qui trainait là.

On a crié « Notre collègue est dans un Tupperware ! », et tout fonctionnait bien jusqu’à ce que ses chats prennent le contrôle de la réunion en miaulant comme des possédés.

J’ai manqué faire une crise de panique dans mon masque, parce que j’avais l’impression que je ne parvenais pas à respirer, mais j’ai inspiré profondément et j’ai pensé à des fleurs de lotus qui s’ouvrent sur des étangs et ça m’a apaisée.

Nos cheffes nous ont expliqué comment allait se dérouler la réouverture. Puis elles ont dit que les animatrices allaient être amenées à donner des animations virtuelles.

Sophie a crié derrière son masque : « Je sais, mon loukoum de Tchernobyl ! On va se filmer en train de raconter des histoires à nos nounours ! »

J’ai crié « Wéééé!!! », et on était excitées comme des puces sous amphétamines.

Après la réunion, nous avons traversé la ville.

il y régnait un silence inhabituel. Quelques badauds circulaient, un masque sur le visage. La police patrouillait partout. On voyait des boules de foin circuler dans les rues, au gré du vent. Ambiance post-apocalyptique.

J’ai quand-même réussi à trouver des sushis, seule denrée qui m’ait cruellement manqué durant ce confinement, et je suis rentrée chez moi.

« Ta rentrée s’est bien passée, Soeur ? » m’a demandé Adèle.

« Comme un charme », lui ai-je répondu.

C’est qu’il s’en passe, des choses, dès que l’on s’éloigne de sa maison.

Bibliothèque

Grosse fatigue

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Oui, je sais, je l’avais déjà faite, cette vanne pourrie. Mais mon grand objectif du moment est de reprendre les gags de ce blog avec les nouveaux personnages (Natha et Monaco). En bref, je remasterise. Il y aura donc des redites, mais il y aura du sang frais aussi, bien entendu. C’est qu’on ne se moque pas de vous ici, voyez-vous.

https://atomic-temporary-21864374.wpcomstaging.com/bibliothecaire-un-metier-sexy/
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Bibliothécaire : un métier sexy ?

Je l’ai dit, je l’ai redit, je le répéterai encore souvent : Oui, bibliothécaire est un MÉTIER.

Au même titre que boucher, dentiste ou chiropracteur.

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Pour devenir bibliothécaire, il faut faire des études de bibliothéconomie. Comme je l’ai précisé un jour dans une quelconque administration.

Mais cela ne s’orthographie pas comme l’employée l’a consigné dans sa fiche, non.

Si je dis que c’est un métier, c’est que j’ai reçu, au bout de trois mirifiques années, un papier attestant que j’ai séjourné, avec mes amis et mes professeurs, dans un orphelinat insalubre construit sur un cimetière indien, que j’ai participé à leurs examens (examens visant une matière la plupart du temps inaccessible à la compréhension humaine mais étant censée nous être limpide) et que, non contente d’y avoir participé, je les ai réussis (haut la main, bien entendu, mais est-ce la peine de le préciser ?)

 

« Ca y est, les gars, on est des gras d’Huez »

Oui, c’est vrai, ma profession inspire (malgré une grande opération « coup de jeune » infructueuse) nombre de stéréotypes.

Une bibliothécaire, c’est une vieille fille qui :

  • N’a pas trouvé de mari et vit chez ses parents
  • Se coiffe avec un chignon
  • Porte des lunettes qui tiennent avec un fil
  • Se vêt d’une jupe qui tombe pile en dessous des genoux
  • Montre une certaine addiction pour les pulls en angora arborant une tête de chat ou de berger allemand.

D’ailleurs, les chats, elle les adore. Et les plantes vertes, aussi.

« Mon p’tit Pacha, viens travailler à la bibliothèque avec Bobonne »

Et puis, elle est obsédée par l’ordre (tout comme moi) et rêve de coucher avec un écrivain célèbre (Sartre ou Camus), et tant pis s’ils ont franchi il y a bien longtemps les barrières de l’au-delà. Car ce n’est pas l’enveloppe corporelle qui importe le plus chez un homme : il faut qu’il phosphore du bulbe rachidien avant tout.

« Jean-Paul, vos écrits m’ont percutée »

Mais j’ai envie de dire : « Détrompez-vous ! Il est sympa, le métier de bibliothécaire ».

Voilà pourquoi.

  • On apprend à plastifier les livres. C’est très pratique. D’ailleurs, chaque mois de septembre, je me coltine les piles de livres scolaires de mes amis qui ont des enfants. Leur technique pour me pigeonner : soit ils me caressent dans le sens du poil en me disant que je suis une experte, soit ils m’amènent de pauvres cahiers martyres couverts d’énormes bulles d’air, et là je dis « Donne-moi ça ».

 

  • On apprend à transformer les lettres en chiffres. Par exemple, A c’est 1, B c’est 2, N c’est 14, … Allez-y, lancez-moi une lettre : je sais vous répondre du tac au tac, c’est très utile dans la vie courante (si,si, je vous jure).

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« Je vous mets au défi »

  • On doit savoir pousser des chariots. Alors là, à charge de revanche contre de permis de conduire que j’ai eu beaucoup de mal à obtenir, avec ces engins, je m’en donne à cœur joie. Je suis même devenue experte dans les créneaux, c’est vous dire.

 

 

 

 

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 « Alors, elle est pas sexy, la lecture publique ? »

  • On apprend à catégoriser le Savoir (qui est infini) et à le faire rentrer dans les cases étriquées du monde des chiffres. Par exemple : les livres sur la sexualité des fourmis rouges d’Australie seront classés en  595-176 (994). (En France, on utilise la Dewey et en Belgique la CDU)

dewey« Ce genre de langage m’excite, Herbert »

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  • L’œuvre de Barbara Cartland n’a plus aucun secret pour nous.

Dame Barbara Cartland« Barbara. Sa vie, son œuvre, son bichon »

  • On côtoye nombre d’enfants pour leur raconter des histoires et établir avec eux un lien de confiance et leur transmettre le goût de la lecture.

« Et à la fin ils meurent tous dans d’atroces souffrances »

Voilà quelques raisons parmi tant d’autres qui font de mon métier un métier cool et sexy.

Et si, malgré tout, vous avez encore quelques doutes quant à la sexytude de cette vocation, demandez à Batman ce qu’il a de prévu cet après-midi.

40de823089c1270b4debe49d8eb9b6a5« ça vous en bouche un coin, hein ? »

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Filles et garçons : êtes-vous si différents ?

 Ah, ces chers lecteurs ! Ils n’en manquent pas une…

Les paroles suivantes datent d’ il y a deux ou trois ans, quand je travaillais au bibliobus. C’est un petit garçon de première primaire qui les a dites (si jeunes et parfois si réalistes…)

La fumée bleue qui s’échappe de ma bouche, ce n’est pas que je fume pendant mon service, c’est que nous travaillions sans chauffage même au plus froid de l’hiver. C’est pour un dessin plus réaliste.

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