Comme Victor avant moi

Atelier d’écriture de Laure d’Astragal

Deux janvier. Les choses sérieuses peuvent commencer. J’ai donc décidé de me consacrer à l’écriture de mon roman. Pour m’aider, j’ai dégoté ce bouquin : « L’atelier d’écriture : la méthode pour révéler l’écrivain qui sommeille en vous », de Laure d’Astragal. Je viens seulement de le commencer, mais il me parait parfait pour m’accompagner au jour le jour, du moins au début.

Elle propose quelques exercices pratiques auxquels je me prête avec plaisir. Notamment le suivant : imaginer que nos idoles nous encouragent dans nos projets.

Fox Mulder
Gaston Lagaffe
Claude Monet
Alf
Frida Kahlo
Victor Hugo
Comme Victor avant moi

Comme Victor avant moi

En 2022, c’est décidé, je me consacrerai à l’écriture de mon premier roman. Il s’intitulera : “Comme Victor avant moi” et en voici le pitch : 

“Quand Simone Pradier, bibliothécaire rêvant de devenir écrivain, découvre par le plus grand des hasards l’œuvre immense de Victor Hugo, elle décide de s’adresser à lui à travers son journal intime. Se croisent entre ses pages deux êtres que tout semble opposer : le sexe, l’âge et les siècles. Et pourtant, plus la jeune femme s’intéresse à la vie et à l’oeuvre de son illustre prédécesseur, plus les questions qu’elle se pose sur la vie, l’art et l’amitié, semblent trouver des réponses, ou du moins une profonde résonance”. 

Pour étoffer mon écriture, j’aurai besoin de me plonger dans toutes sortes de récits. Je me suis donc mis un défi. En 2022, je lirai chaque mois le journal intime d’un ou d’une artiste célèbre. Ce sera mon défi “Journaux intimes”. Je vous en dirai des nouvelles

Psychanalyse

Le ver est dans la pomme

L’écriture de mon livre « Le ver est dans la pomme » prend peu à peu forme. Je m’attaque maintenant aux illustrations. Et il commencera certainement comme ceci :

Tu ne seras pas étonné si je te dis qu’il pleuvait à verse et que le ciel était d’un gris plombé. Que je n’ai pas osé faire un créneau sur la chaussée et que je suis allée me garer dans le parc situé plus loin alors que j’avais déjà trois minutes de retard à cause d’un accident de moto survenu sur la route. Barrage policier, mec plié par terre et tout et tout. Tu ne seras pas étonné si je te dis que j’ai foutu mon pied sur une dalle piège du trottoir et que l’eau glacée m’est remontée jusqu’à la cheville droite. Tu ne seras pas étonné de constater que tout était orchestré pour donner à mon rendez-vous une certaine saveur d’apocalypse. Tu ne seras pas étonné parce que, de manière générale, plus rien ne te surprend.

J’ai juré pour l’eau froide dans la chaussure. Poussé la porte d’un building lépreux à la façade noircie par les traînées de pots d’échappement. Me suis présentée au secrétariat. La femme dans son bocal a vérifié mon rendez-vous, puis m’a invitée à m’installer dans la salle d’attente. La pièce était sans âme, petite, juste deux chaises qui se faisaient face.
Je me suis assise sur la première d’entre elles, celle jouxtant la porte d’entrée. J’ai serré mon sac à mains sur mes genoux comme s’il pouvait me protéger de quelque chose de funeste. J’ai scanné les lieux du regard. La pièce était éclairée avec des néons, sans aucune fenêtre. Aux murs, un panneau interdisant de se trouver à plusieurs dans la pièce pour des raisons sanitaires, ainsi qu’un certificat prouvant que l’établissement est reconnu pour son excellente prise en charge de la santé mentale. Et surtout une grande affiche représentant un ponton donnant sur l’eau.
J’ose espérer que cette image est censée produire un effet positif sur les patients. Un effet relaxant, à la manière d’un bassin rempli de nymphéas ou d’un lever de soleil. Mais les flots sont gris, tout comme le ciel, et un léger brouillard enveloppe le tout, rendant le paysage sinistre. J’ignore si c’est en moi que quelque chose cloche. Mais si j’avais été sur ce ponton, sûr que j’aurais pris le décor pour une invitation à me jeter dans les flots lestée d’une grosse pierre plutôt qu’à organiser un pique-nique. Cette affiche, loin de me détendre du bulbe, m’a fait penser à ce qui survient inéluctablement lorsque l’on remonte un peu trop le fleuve : une barque vient lentement nous chercher sur des flots boueux, guidée par une silhouette de noir drapée, et nous emmène dans la brume jusqu’à notre destination finale, loin de la vie terrestre telle que nous la connaissions.

Je me suis aussitôt dit que si cette image faisait pareil effet à tous les dépressifs, c’était un miracle qu’ils puissent arborer le fameux certificat de guérison psychiatrique. Sait-on jamais. Il s’agit peut-être d’un stratagème pour fidéliser les patients. Tu passes une heure avec ton psy, tu réfléchis à la vicissitude de l’existence, au cours de la semaine tu parviens à relativiser grâce à ses conseils, puis tu reviens dans la salle d’attente et tu te retrouves à nouveau plombé comme pas permis, prêt à débourser cinquante balles pour exprimer à quel point ce ponton te file des angoisses.