Yves Lecoq

Que le chat fasse « Miaou » et que le chien fasse « Wouf wouf », je veux encore bien l’admettre. De tous temps, l’être humain a été tenté de retranscrire le cri des animaux qui l’entourent afin de pouvoir rendre au mieux des sons qui lui sont étrangers. Besoin permanent de synthétiser.

Dans le même genre d’idée, le poisson qui fait « Bloup bloup » me parait déjà plus difficilement acceptable.

Mais ce qui dépasse mon entendement, c’est que l’inconscient collectif essaye de faire gober aux enfants que le coq, noble gallinacée, roi de la basse-cour, pousse un magistral « Cocorico » aux lueurs du jour. « Cocorico ». Mais pourquoi donc ? C’est d’une absurdité sans nom, et le croire serait d’une naïveté affligeante.

En tout cas, Yves Lecoq, qui vit dans le jardin d’à côté, est à mille lieues d’entonner ce genre de chant. S’il était véridique, ce « Cocorico » sonnerait délicieusement à mes oreilles (reconnaissez que ça a de la gueule, du rythme, de la prestance, de l’originalité). Mais il n’en n’est rien. Son chant à lui ressemble plus au bruit d’une scie à métaux. Ou d’un castrat qu’on étrangle.

Il faut savoir qu’en plus de posséder une voix éraillée, Yves Lecoq est noctambule. Les lueurs de l’aube, il s’en tamponne sévère. La touche romantique de ciel rose qui s’élève par-dessus son tas de fumier, il s’en bat le jonc. Lui, ce qui le fait kiffer, c’est la nuit. Sa marotte, c’est l’obscurité. Son heure favorite, c’est trois heures du matin. C’est à cette heure de la nuit qu’il est au zénith de sa forme. Et il tient à en avertir le voisinage, c’est-à-dire moi.

Il crie sous ma fenêtre un « Debout, vieille morue», qu’ il alterne parfois avec « Lève tes fesses, feignasse » ou « Tu vas te lever, grognasse ? »

Oui, vous l’aurez remarqué, Yves Lecoq, en plus de posséder une voix de crécelle et d’être insomniaque, souffre visiblement du syndrome de Gilles de la Tourette. A moins qu’il ne tienne délibérément des propos orduriers. Je l’ignore.

Sa méthode, c’est l’usure. Énervée de l’entendre m’insulter au milieu de la nuit, je m’extirpe péniblement de ma couette duveteuse, je m’empare d’un objet pris au hasard de ce qui traîne sur mon bureau, j’ouvre les rideaux, puis la fenêtre, et je le lui lance avec hargne en pleine poire.

Voilà pourquoi Yves le Coq possède dans son enclos : trois tubes de colle Pritt, un pinceau en poils de belette, deux rouleaux de papier collant et un taille-crayons en forme de crapaud.

 

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