Peintures

Les fables de la Fontaine

3 décembre 2021 – Je suis allée rechercher Etoile chez Jean-Marie-le-garagiste. Il m’a dit : “Regarde, je t’ai fait une Etoile étincelante ». Et c’est vrai qu’elle était comme neuve (ou presque, on ne va pas chicaner). Jean-Marie-le-garagiste m’a dit : “Tu as l’air en forme, tu as le regard pétillant”. Je n’ai pas osé lui dire qu’il se trompait, qu’en fait mon regard est vitreux, conséquence de journées successives d’intense douleur morale : c’est que j’ai une réputation à entretenir. Je lui ai expliqué : “Je suis contente parce que, là présentement, je me rends à un vernissage. Sache que je suis exposée au Musée de mon vivant”. “Ah bon ? me dit-il, je ne connais pas ce musée de Mon Vivant”. Là, je me dis que le mec est teubé, je le regarde avec un brin de condescendance et il se met à rire. “Ah ! C’était une blague ?! Je croyais que t’étais con !”, lui dis-je. Alors il se marre encore plus. 

On part avec Mère, direction le Musée de Huy. Il y a là le tout le gratin de l’art contemporain belge, à savoir : les Copines de l’Académie. “Ce sera un vernissage façon Covid, nous dit-on. C’est-à-dire sans boissons et avec des sandwichs qu’il faut essayer de ne pas toucher avec ses sales pattes”. 

Une magnifique expo, conséquente, avec une scénographie audacieuse composée de nos chefs-d’œuvre, la crème de la crème. 

Après, on s’est rendues au vernissage de Marc Renier, bédéiste. Lolo-les-pinceaux a souffert sa race pour arpenter les ruelles pavées de Huy avec ses talons, puis on est arrivées dans un lieu très chaleureux fait pour me plaire, un atelier ouvert dans lequel on pouvait trouver des planches de BD, des peintures à l’huile, des personnes très sympas, du mousseux et des bretzels. J’étais conquise. J’ai dit : « Ça fait tellement de bien de sortir de chez soi ! Il y avait tellement longtemps que je n’avais pas croisé d’êtres humains !”. Voyant que l’on me regardait étrangement, je me suis justifiée : “Je suis en liberté conditionnelle” et tout le monde a hoché de la tête, genre “Ah oui, je comprends mieux, maintenant”.

Making off :

Une esquisse au brou de noix.

Un vilain fond qui va disparaître.

L’artiste au travail qui pointe je ne sais pas quoi du doigt.

Solange qui se fait passer pour moi car l’année passée, notre classe était divisée en deux et nous communiquons de manière hautement originale.

Le vilain fond sera finalement traité en sérigraphie. La petite vidéo montre le moment magique de la découverte du résultat qui suit le moment ingrat de l’isolation du sujet.

Putain que ça donne bien. On se referait bien un second passage orangé.

Le travail à l’huile peut enfin commencer.

Ensuite, on prend un chat.

Sérigraphie mon amie …

Puis un bouc (que mamy Tine n’aime pas (« Il n’est pas très beau, ton tableau »)).

Et des poules qui fument des clopes, picolent et draguent dans les bars. Je sais, on s’éloigne des fables, mais disons que le Covid nous fait faire des choses étranges par procuration.

Cette semaine on ressort tout ça des placards (c’était le travail de l’année académique passée), on remet une dernière couche pour peaufiner le tout, on fabrique le système d’accroche en essayant de ne pas perdre des doigts, on joint à cela quelques gravures… Et l’affaire est dans le sac.