Les téléfilms de Noël Versus la Vraie Vie

Mel-Bichon et moi, on aime bien les téléfilms de Noël. Elle laisse les enfants à la garderie en disant à Madame Sabrina qu’elle a eu un contretemps. On se remplit des grands verres de gin et on se fout sous un plaid. 

C’est là que Clemsou appelle pour nous proposer de la rejoindre boire un vin chaud au marché de Noël. “On ne peut pas, Clemsou, on a déjà tant de projets et de sollicitations”. 

Clemsou, à qui on ne la fait pas, répond : “Comme je vous comprends, les filles. Moi aussi j’ai un nouveau but dans la vie : c’est rester le plus possible chez moi”. 

On ne se refait pas. On a bientôt 40 ans, il fait froid dehors, et Courtney est en train de faire un tour en calèche avec Derek, ce qui signifie que le moment est décisif.

Mélanie me rassure : “Ne t’inquiète pas, je sais que le suspense est insoutenable, mais je pense que ça finira bien”.

Parlons de ça : le fait que cela se termine bien. Contrairement à la vraie vie, qui se termine mal (la mort) et sans balade en calèche.

Parce que dans les téléfilms de Noël, tout est toujours différent de la vraie vie.

Décortiquons le phénomène.

Dans le téléfilm, l’héroïne porte toujours un prénom mièvre. Du genre Cristal. De préférence avec un “y”. 

Crystal est blonde, mince, elle a le teint frais, elle se fait des boucles au fer à friser chaque matin (où trouves-tu le temps de faire ce genre de choses, Crystal ?) et elle porte des pulls roses en angora.

Dans la vraie vie, il se peut que tu aies des cheveux blancs, que tu sois obèse, que tu tapes sur ton réveil plusieurs fois chaque matin et que du coup tu te retrouves au boulot avec des cernes sous les yeux, un pull informe, la crolle au vent, la gueule de travers.

Il se peut aussi que tu cumules tout cela.

Si, si, je t’assure, c’est plus que vraisemblable.

Crystal est célibataire et ça, c’est à peu près la seule chose que tu aies en commun avec elle. Mais il va sans dire que dans ton cas, c’est louche et dans le sien, c’est juste qu’elle a privilégié sa carrière à ses amours (un peu comme toi, ceci dit). 

Mais l’horloge biologique de Cricri commence à la tarauder, là où toi, tu es carrément périmée et elle réalise qu’elle est peut-être passée à côté d’une valeur essentielle : l’amour à partager autour d’une bonne tasse de chocolat chaud dans laquelle on balance des marshmallows.

Non mais Crystal! Comment fais-tu pour rester si mince ? Moi si je fais ça mon insuline battrait tellement la campagne que le Smur m’embarquerait sur le champ.

Avez-vous remarqué qu’il y a toujours une histoire de soeurs jumelles dans les téléfilms de Noël ? Qui décident de s’échanger leur vie. La vie de Crystal contre celle de Candy.

En vrai : jamais tu n’échangerais ta vie contre celle d’une de tes soeurs. Il y en a une qui a un bébé qui pleure la nuit, une autre qui doit se lever avant six heures du matin pour aller jusqu’à Bruxelles et une autre qui jongle avec des couteaux de cuisine. Bon, vous me direz, vu que tes soeurs ne sont pas tes jumelles, cela ne pourrait pas fonctionner. Je crois que si l’une d’elles se pointait au bureau à ta place, tes collègues se rendraient assez vite compte de la supercherie.

Et si ton mec réalisait subitement qu’il n’existe pas qu’une seule version de toi mais deux, il partirait en courant en hurlant “au secours, pas encore elle !”.

Le héros, quant à lui, s’appelle Brad.

Brad est célibataire, lui aussi. Mais c’est à cause d’un vilain coup du sort. Brad est veuf.

C’est bien, un veuf. Il a été marié, donc il n’a pas de problèmes d’engagement, ce n’est pas de sa faute si sa femme est morte (ou alors on quitte définitivement le conte de Noel pour virer thriller islandais) et comme il a souffert, cela le rend d’autant plus craquant.

Avec un veuf, on se met en mode challenger pour lui rendre le sourire ultrabright qu’il a perdu durant la déroute qu’a été cette épreuve.

Brad porte de longues écharpes sur un grand manteau ouvert et chic.

Dans la vrai vie, je ne pense pas que le prénom Brad coure les rues de Namur-city. Et les veufs trentenaires sont plutôt rares.Tu tombes sans arrêt sur le célibataire chelou resté sur le carreau car il a des soucis d’engagement. Celui qui préfère jouer à la console en bouffant des Chipitos habillé en sarouel.

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Puisqu’il a eu une vie avant toi, Brad-le-veuf a des enfants. Mais attention, pas n’importe quels enfants : des enfants charmants.

Là encore, on sent que le téléfilm essaye de nous rouler dans la farine. Car tout le monde le sait pertinemment : les enfants charmants, ça n’existe pas.

Et en plus, Il y zéro chance pour que tu sortes avec un type qui a des gosses. Charrie pas. Et même s’il y avait la moindre chance que ce soit vrai, ses gosses te hurleraient “T’as rien à dire, t’es pas ma mère”  et tu leur retournerais une tatane dans la tronche pour bien leur faire comprendre que si, c’est quand-même toi qui décide.

Crystal a un chien. Un beau labrador blond qui garde le noeud d’emballage qu’on lui a mis autour du cou.

En vrai : ton chien est censé être blanc mais, à force de s’être roulé dedans, il ressemble à une grande bouse de vache, sans parler de l’odeur. Et si tu essayes de lui mettre du ruban autour du cou, il se roule sur le tapis, faisant tomber la table basse du salon sur laquelle se trouvait un verre qui se brise en mille morceaux et, quand tu te mets à les ramasser, un éclat va se ficher dans ton doigt et te fait souffrir pendant des jours, jusqu’au moment où ton corps l’expulse et que tu t’écries devant tes collègues ébahis : “Je perds un morceau de verre !” (véridique)

Brad, quant à lui, possède un chat. Un chaton qu’il a offert à ses enfants pour leur faire oublier un instant que leur maman est partie dans le ciel. Le chaton a les yeux bleus et ne perd pas ses poils. 

En vrai : Ton chat se jette sur les décorations avec des yeux maléfiques, comme si les guirlandes étaient Le Haut Mal. Et il t’a pété toutes tes boules, y compris les jolies vintage qui te restent de ta grand-mère et auxquelles tu tenais beaucoup. 

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Dans le téléfilm de Noël, Brad décide d’emmener Crystal à la patinoire. 

C’est quoi ce plan de merde ? Il ne peut pas l’inviter à aller siffler du gin au bar du marché, comme tout mec civilisé ? Et profiter du fait qu’elle ait un verre dans le nez pour tenter de la ramener chez lui ?

Non, Brad en a décidé autrement, il se la joue plan romantique à la pati.

Mais bon sang de bois, Brad ! Tu ne réalises pas qu’à la pati, il fait moins mille degrés et que du coup, ça donne des joues rouges et la goutte au nez ?

Je ne sais pas comment fait Crystal pour rester fraîche mais toi, tu renifles en mode marsouin, avec raclements de gorge et tout et tout. Bonjour la romance.

Et ne parlons même pas du fait que personne ne tient sur ses deux quilles, dans une patinoire. C’est un endroit où personne n’est plus allé depuis ses 8 ans, donc niveau équilibre, on fait mieux.Tu vas me dire, c’est peut-être le plan secret de Brad : faire chanceler Crystal pour pouvoir la rattraper dans ses bras. Parce que lui, il tient sur ses deux patins. C’est quoi le truc ? Il s’entraîne seul chaque samedi depuis le décès de sa femme en espérant pécho une meuf le jour où il sera de nouveau prêt à aimer ? Ou essayerait-on à nouveau de nous dire que les hommes tiennent instinctivement debout alors que les femmes sont des petites créatures qui crient : “Tiens-moi, Brady, je sens que je vacille” ?

Toi, si tu tombes sur Brady pour qu’il te ratrappe, autant te dire qu’il vaut mieux qu’il ait de la force dans les bras.

Sophie m’a même raconté qu’à la pati de Namur, ils proposent aux personnes qui ont des problèmes de stabilité de s’accrocher à un grand dinosaure en plastique. Oui, je sais, je te fais rêver, Bradounet.

Après la patinoire, Brad propose d’aller manger des cupcakes dans un salon de thé. 

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Il va falloir qu’on m’explique, ce que c’est, le délire avec les cupcakes. C’est un putain de quatre quarts tout sec sur lequel on tape des colorants roses et des paillettes. Non mais c’est immonde ce truc.

Et dans la vraie vie, dans les salons de thé, il n’y a que des vieilles dames agressives qui se parfument trop, qui portent des peaux de renards autour du cou et qui te font des croche-pieds avec leur canne. Pas vraiment le bon lieu pour un plan drague, quoi.

Et pour couronner le tout, la neige commence à saupoudrer les maisons de ses blancs flocons. Crystal et Brad n’ont même pas froid.

En vrai : Il pleut sans discontinuer et le ciel est d’un gris tellement blafard que tes endorphines se font la malle et que tu pleures dans ton salon en portant tes luminettes qui te donnent un air d’extra-terrestre.


Enfin, je vous dis tout ça, moi, c’est juste pour vous partager mon analyse et vous dire, en résumé, que la vie craint le boudin.

Mais bon, ça, vous le saviez déjà.

Le côté obscur de la force

Depuis quelques semaines maintenant, ma matinée de travail se déroule invariablement comme ceci : je pousse la lourde porte cochère de la bibliothèque et, les yeux encore endormis, le pas traînant, le souffle court, je monte une à une les marches qui mènent à mon bureau. Deux étages sans ascenseur, mon Everest à moi.

Je tiens à préciser que je suis l’une des premières arrivées, d’abord pour éviter les embouteillages qui me rendent chafouin, ensuite pour faire un pied de nez à Annie, ma cheffe qui se gausse toujours de moi car je souffre de devoir me lever alors que la nuit recouvre encore la ville entière.

Je déroule mon écharpe que je jette négligemment et qui tombe pile à côté du porte-manteaux et je me prépare un thé vert afin d’accompagner mon traditionnel pistolet-à-l’-ancienne-avec-du-beurre-du-fromage-et-des-œufs (suivez un peu, ceci est une saga).

Mes premiers collègues commencent à arriver et pointent le bout de leur nez dans mon bureau.

Bernie : « Salut Natha ! Alors ? Comment va le bébé ? »

Ute : « Coucou ! Hannah se porte bien ? »

Fabibi : « Ca va ? Le bébé est en forme ? »

Bernie encore : « Tu viendras me la présenter ? » « Moi ? Mais je ne sais même pas comment on transporte ces trucs-là ! ».

Même des collègues dont je ne suis pas spécialement proche me demandent quotidiennement comment va le bébé. C’est à tel point que je me demande si je ne fais pas un déni de maternité ou quelque chose de la sorte. Les gens s’intéressent tellement à ma nièce que j’ai l’impression que c’est moi qui vient de donner naissance à un être vivant après avoir eu des contractions pendant trente heures.

Et pourtant, je vous jure que j’essaie à tout prix de ne pas devenir la meuf qui bascule du côté obscur et qui entre en salle de réunion en s’écriant : « Je vais vous montrer les 223 photos de ma nièce ». (Il n’y a qu’avec ma copine Aline, qui est devenue tantine quelques jours avant moi, que je sais qu’on peut s’échanger des photos de bébés).

Je t’échange Roméo qui sourit contre Hannah qui fait caca

Donc cela vient d’eux, spontanément. C’est à croire que les gens s’intéressent VRAIMENT aux bébés. Mais pourquoi donc, bon sang de bois ?

Même si Hannah, d’après un pédiatre qui a beaucoup énervé ma soeur, est HP (ouais, sérieux, le mec, il déclare ça alors qu’elle n’a que quelques semaines), je ne vais quand même pas vous répondre « Oui, ça va, elle apprend l’italien », ou « Elle s’intéresse à la théorie des cordes », ou encore « Elle a reproduit la tour Eiffel avec ses Kapla ». Non, restez sur terre un instant : ma nièce lutte contre le sommeil, fait des gerbes de lait et parvient tout de même à faire un truc insensé, ça il faut le lui reconnaître : se chier dans le dos.

Je pourrais quand-même leur raconter la fois où Caro a cru que sa vie n’avait pas changé au point de ne plus pouvoir refaire les mêmes activités qu’avant et où nous avons décidé de faire une virée baby-shopping à Charleroi avec Célia.

Nous sommes arrivées à midi, alors on a commencé par s’installer dans un bar à nouilles (j’aime bien dire « baranouille ») et Hannah a bu son biberon. Quand elle a eu terminé, je l’ai prise dans mes bras et, en regardant bien dans la direction des personnes qui mangeaient me faisant face, elle a fait cette grande double gerbe de lait dont elle a la spécialité, devant les gens qui sont restés prostrés, les baguettes de nouilles figées devant leur bouche grande ouverte. Et comme l’un d’eux a fait une grimace de dégout, j’ai crié : « Bon appétit !!! » en rigolant, mais je dirais que cela n’a fait rire que moi.

Ensuite elle a tellement pleuré que nous avons fait demi-tour sans même mettre le pied dans le moindre magasin et Célia a déclaré : « Ce qui est pratique, avec ma Poupette, c’est qu’elle me fait faire des économies ».

Je pourrais leur raconter cela, pourquoi pas ?

Mais moi dans tout ça ? On ne me demande pas comment je vais ? Pourtant, moi aussi je fais mes nuits, même si j’ai eu quelques coliques. (Je souffre de dysenterie, mais ça, c’est une autre histoire).

La Violette Nozière de Saint-Servais

La semaine passée, Père se lève plein d’entrain et prépare son sac de voyage : Lui, Belle-Maman et l’Ado partent se ressourcer quelques jours à Sunparks.

Au programme :

Se reposer au chalet.

Organiser un grand barbecue

Lézarder au bord de la piscine

Se retrouver en famille.

Il faut dire que ce repos était amplement mérité car l’Ado leur donne depuis quelques temps déjà pas mal de fil à retordre.

Pas du fil à retordre comme si vous deviez élever un ado, non. Plutôt du fil à retordre comme si vous deviez dresser un troupeau de chimpanzés en colère.

Tellement de fil à retordre que le psychiatre a conseillé à Belle-Maman de mettre un tranquillisant dans son verre, ni vu ni connu pour avoir un peu la paix.

Je sais que ce conseil semble carrément peu orthodoxe, mais nous parlons ici d’un cas extrême qui peut nécessiter des actions extrêmes et Belle-Maman, d’abord septique, s’est laissée tenter par l’affaire et a versé une grande dose de sédatif dans la brique de lait que l’Ado s’envoie le matin.

Père, après avoir préparé son sac de voyage, est descendu pour se faire un petit-déjeuner et, râlant car il ne restait pas le moindre quignon de pain, a décidé de se rabattre sur quelque chose qu’il n’avait plus mangé depuis au moins une décennie : des céréales avec du lait.

Vous la voyez venir, l’enroule ?

Quand Belle-Maman est arrivée, elle l’a vu affalé dans le canapé, chose impensable en pleine journée car Père est plutôt du genre hyperactif et elle lui a demandé : « Tu ne te sens pas bien ? », ce à quoi il a répondu : « Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, je me sens tout somnolent. Mes paupières sont lourdes et je ne parviens pas à lutter contre le sommeil ».

« Est-ce que tu as bu la brique de lait ? » a demandé Carine, en panique. « Oui, pourquoi ? » a-t-il répondu, vaseux, et peinant à comprendre ce que sa question venait faire dans la discussion.

Là, Belle-Maman a émis un grand rire sardonique.

et elle a dit : « Bon, c’est moi qui vais conduire jusqu’à la mer, si j’ai bien compris ? »

Pendant le trajet, comme Père dormait comme une enclume dans la voiture en émettant de gros ronflements, Axelle, un peu inquiète, a demandé : « Qu’est-ce qu’il a, Parrain ? » « Rien, ma chérie », a-t-elle répondu « Il est juste un peu fatigué, c’est tout ».

Maintenant, Père a surnommé Carine : « La Violette Nozière de Saint-Servais » et, dès qu’elle lui donne une boisson, il la renifle d’un air suspicieux.

Je crois que quelque chose dans sa confiance en elle est un peu brisé…

« Les pêcheurs de perles de Bizet » expliqué par moi-même

Comme je vous le disais précédemment, avec les copines du cours de peinture, nous sommes allées à l’opéra voir « Les pêcheurs de perles » de Bizet. La consigne : s’imprégner du spectacle, observer le ravissement et/ou l’agacement qu’il provoque en nous et, une fois rentrées à l’atelier, pondre un petit chef d’œuvre néo-classique.

Les pêcheuses de perles – Nathalie Sacré – Huile sur toile

Puisque nous étions une cinquantaine d’élèves, Laurence avait en main un tas de billets et elle nous avait prévenus : nous devions piocher une place au hasard et surtout ne pas s’insurger si nous en avions une mauvaise.

Après avoir pioché sa place, une des élèves est venue trouver Laurence en lui disant : « Regarde, sur mon billet, il est noté « Place à visibilité réduite » » et je me suis écriée : « Nîîît. Error system. Mauvaise pioche », alors elle m’a regardée un peu de travers et je me suis dit que la soirée commençait bien, que j’allais certainement me faire des tas de nouveaux amis.

Tu me cherches, kaïra ?

Pour ma part, j’ai fait une bonne pioche car je me suis retrouvée avec Solange, Claire et Bernie, et on a mis un sacré dawa sur le troisième balcon.

La musique a démarré et j’ai dit : « C’est vraiment expérimental, comme opéra » et Bernie, qui est chanteuse lyrique et qui en connait donc un rayon a précisé : « Ils sont en train d’accorder leurs instruments. Le spectacle n’a pas encore commencé ». Solange a dit : « Tu veux dire qu’ils font les soundcheck ? ». Nous, on y peut rien, on a plutôt un passif rock and roll.

Pour faire passer le temps, on a un peu regardé notre brochure de présentation pendant que Bernie, qui travaille dans l’armement, passait des coups de fil en Irak en disant à des types d’appuyer sur le bouton.

La revue nous a révélé que de grandes personnalités avaient œuvré pour cet opéra. Tout d’abord, sachez qu’il s’agit d’un opéra d’Alain Chabat, et qu’il y a Nicolas Cage en guest star, ce qui nous a rendues toute chose.

Alain Bizet-Chabat
Nicolas Cage, chanteur d’opéra

A côté de moi, il y avait un jeune homme qui avait ouvert son carnet de croquis alors j’ai engagé la conversation, en mode « Vazy que j’te drague à l’opéra, c’est que je suis de la Haute, moi, Monsieur » et je lui ai dit : « C’est fou, moi aussi, je suis là pour un cours de peinture », et il nous a fallu au moins cinq minutes de conversation pour subodorer que peut-être, éventuellement, nous fussions tous les deux des élèves de Laurence. Là, pour le coup, je crois que j’ai atteint mon niveau maximal de percolation.

Des fois, je suis un Génie, mon p’tit

Comme l’attente était un peu longue, je me suis levée de mon siège et j’ai demandé : « Qui veut du pop corn ? Je vais en chercher », mais le rideau s’est levé alors je me suis rassise. C’est qu’on a même pas le temps de casser la dalle, dans cet endroit.

Les chanteurs sont entrés sur scène et là, un écran avec les paroles s’est allumé au-dessus de nos têtes et Solange a dit : « Oh, trop cool ! Je ne savais pas que c’était un karaoké et que l’on pouvait chanter en même temps ! », mais elle a vite déchanté (c’est le cas de le dire) quand elle a compris qu’il fallait du coffre pour pouvoir suivre.

Despacito

Des danseurs sont arrivés et je me suis écriée : « Ils dansent la mamouchka !!! ». La mamushka, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est la danse préférée de la famille Addams.

Mais parlons de l’histoire pondue par Bizet, afin de faire votre culture générale.

Cela se passe dans un village de pêcheurs. Au vu du titre, je subodore qu’ils pêchent des perles, mais en réalité, aucun indice ne va dans ce sens. Je pense que, d’une certaine manière, « Les pêcheurs de perles », ça sonne mieux que « Les pêcheurs de morue ».

Yo, je vais pécho la morue

Et, allez savoir pourquoi, ils décident qu’une bonne femme qui passait en pirogue sur le fleuve allait devenir leur divinité. Donc ils lui disent, dans les grandes lignes, de garder le voile, de ne jamais montrer son visage, de prier devant l’abîme et de ne pas faire chier. (Cela vous fait penser à quelque chose ? Intégrisme islamiste, dis-moi ton nom).

Mon âme féministe s’est insurgée contre ce patriarcat misogyne et j’ai eu envie de crier : « Libère-toi de tes chaînes, brise le carcan, Leïla ! », mais je suis restée bien sagement calée dans mon siège.

Le problème, c’est que deux amis d’enfance sont amoureux de ladite divinité. Et un soir, l’un des deux va la rejoindre en secret et lui roule une pelle. Mais, comme de bien entendu, l’autre les aperçoit et, vu qu’il est le chef et que c’est lui qui décide du sort de chacun, il décide de les faire tuer.

Mec, tu es jaloux parce que ta dulcinée aime ton meilleur ami, mais est-ce une raison pour les poignarder sous les acclamations hystériques du village ? Va te faire psychanalyser, j’ai envie de dire.

Tout vient de la mère, je n’arrête pas de vous le répéter

Leïla, voyant sa fin approcher, prend les choses en main et décide d’intercéder auprès du chef. Elle lui demande de la tuer mais d’épargner son mec. Là, elle insiste sacrément en demandant « Tue-moi » pendant des minutes entières et avec moult trémolos dans la voix. Epuisée, j’ai manqué crier : « Mais butez-la, à la fin ! Vous voyez bien qu’elle demande ! ».

Si je dis ça, moi, c’est histoire d’épargner nos tympans.

Mais bouffez-la !

A la fin, le chef du village décide quand-même de déclarer sa flamme en criant très fort : « Cela fait des années que je t’aiiimeeeuh » et Leila pousse un immense cri aigu qui m’a fait reculer sur mon siège et éclater de rire de surprise, faisant se retourner sur moi un vieux couple habillé en tweed.

Non mais meuf, fais pas genre « J’avais rien catché depuis toutes ces années ». On ne nous la fait pas, à nous.

Et, en parlant de flammes, un incendie éclate à ce moment-là pour détourner l’attention de la foule lapidaire car le chef décide de changer d’avis et de les laisser s’enfuir. En fait, il aperçoit qu’elle porte un collier de perles (il était grand temps que l’on parle de perles) et c’est cet indice qui prouve qu’elle lui a sauvé la vie auparavant, donc, en analyse avec son psy, il a décidé de faire amende honorable, grand bien lui fasse, c’est toujours ça de pris pour son karma de mec colérique et jaloux.

Là j’te pêche de la perle

A ce moment-là, Poupette a crié : « Trop bien ! » parce qu’elle adore peindre des incendies, elle en a même fait une spécialité.

« Incendie » – Poupette Pêcheur – Huile sur toile

Enfin, on a pu libérer les fauves et, dans l’escalier, on s’est tous retrouvés. La femme qui avait fait une mauvaise pioche m’a expliqué qu’elle avait ouvert porte après porte jusqu’à trouver une place qui lui convienne en déclarant qu’elle s’était perdue et j’ai crié « Trop bien » et on s’est clapé dans la main comme si notre équipe de rugby féminine en avait massacré une autre.

Solange m’a montré la vue qu’elle avait depuis la loge qu’elle avait squatté après l’entracte et je me suis écriée : « Oh ! Regarde ! Il y avait même un orchestre ! « , ce qui a fait tiquer une Béatrice de Montmirail qui nous écoutait.

Sont-elles sérieuses, Pierre-Henry ?

Puis j’ai croisé Margo, qui est une future chanteuse lyrique professionnelle et elle m’a dit : « J’ai tellement hâte que des grands types me hurlent « Il faut te tuer » dans les oreilles. Après, on vient dire que les chanteurs parlent fort. Mais c’est qu’ils sont sourds ! ».

Oh sole mioooo

Lessivées par autant d’émotions et de décibels, nous avions hâte de rejoindre la voiture et de se casser fissa. Mais nous n’étions pas au bout de nos peines, car c’est là que nous avons compris qu’il y avait comme qui dirait comme une couille dans le potage car l’escalier du parking était rempli d’une file de personnes faisant plusieurs étages. Des centaines de personnes devaient quitter le même endroit et il n’y avait qu’une seule machine pour payer et une seule barrière pour se barrer.

Venez, on se casse

On a un peu patienté en chantant « Tuez-moi » en mettant des trémolos, puis j’ai déclaré : « Je vous préviens, ce soir, je paye avec des pièces de un centime » et il y a eu un mouvement de foule de mécontentement dans les vestes en jacquard.

Elle est sérieuse, la gueuse ?

Laurence nous a dit : « Allez-y, allez chercher votre voiture sans passer par l’automate  » et elle a ajouté tout bas « On peut payer à la barrière avec sa carte Visa ». Les autres l’ont crue sur parole (confiance aveugle en notre Maître), donc on a dépassé tout le monde dans la file, ce qui a hérissé le poil de pas mal de monde.

On est rentrées dans la voiture et j’ai dit : « Vous vous rendez compte que si Laurence a tort et qu’on se retrouve coincées devant la barrière en bloquant tout le monde, ce ne sont pas des tomates, qu’on va nous jeter, mais des parpaings ».

Lapidons-les

Une fois arrivées devant le guichet, Maria s’est extirpée de la voiture sans que l’on doive appeler le service de désincarcération (cinq personnes dans une petite voiture) et a montré sa carte Visa au type qui l’a regardée avec des yeux ronds et qui lui a dit : « Vous savez, Madame, vous pouviez rester dans la voiture et tendre votre carte sans devoir sortir ». Puis, quand la barrière s’est levée, Cécile a démarré en trombe, faisant mine de laisser Maria sur le parking, ce qui nous a beaucoup amusées.

Ensuite on a repris la route, sous les instructions de Morgan, mon gps.

Quand je suis rentrée, j’étais excitée comme une puce sous acide et je ne parvenais pas à fermer l’oeil. J’ai pensé  » C’est à croire que je suis folle d’opéra », jusqu’à ce que je réalise que j’avais tout simplement oublié de prendre mon médicament pour la tension.

Que voulez-vous, c’est exaltant, ce genre de soirée.

La semaine des concerts chelous

Aujourd’hui, c’était une journée difficile : Je reprenais le boulot après deux semaines de congé.

J’ai passé une semaine en Grèce à peindre au soleil, à me baigner dans les eaux turquoises, à bouffer de la feta à tire-larigot et à me biturer au retsina .

Puis je suis rentrée au pays et j’ai passé une semaine à regarder d’un œil morose la pluie tomber sur le carreau en lisant un bon Fred Vargas (je fais une obsession pour Fred Vargas).

Comprenez que la reprise ait été abrupte.

Quand je suis arrivée, Sophie était à son bureau. Droite comme un i, elle pianotait nerveusement sur les touches de son clavier d’ordinateur en m’expliquant : « J’essaye de répondre à un mail sans être méchante. Mais plus j’essaye d’être gentille, plus je suis agressive ».

Pour détendre un peu l’atmosphère et recommencer en douceur, je me suis dit que j’allais relater à mes collègues chéries les soirées culturelles qui m’attendent ces jours-ci.

C’est fou ce qu’on bosse dans ce bureau

En effet, Mel-Bichon et moi-même passons une semaine – comment dirais-je ? – assez éclectique point de vue musical.

Pour ma part, je vais voir :

  • Les pêcheurs de perles, opéra de Bizet. (C’est pour le cours de peinture, on doit en faire une peinture après)
  • Bjork et sa tournée Vulnicura (je vais pleurer).

Mélanie, quant à elle, vient voir Bjork, mais aussi :

  • Heilung
  • Et Supreme NTM (ne la jugez pas, elle est carolo)

Constatant cela, nous avons appelé notre semaine « La semaine des concerts chelous ».

Du coup, au bureau, avec Sophie et Dominique, nous avons parlé musique. Et parler musique nous a donné immédiatement envie d’écouter Kate Bush (CQFD).

Dominique est retournée dans son bureau et Sophie et moi avons passé l’une ou l’autre chanson de Kate. Chansons qui nous ont donné envie de pousser la chansonnette.

Mais voilà, on peut dire que Kate excelle dans les aigus, ce qui est loin d’être notre cas. Et même si j’adore chanter, mon entourage n’est pas toujours encourageant à ce propos.

Sophie, qui a l’oreille fine, a déclaré : « On dirait des écureuils qu’on égorge », ce qui n’était pas loin d’être vrai même si un tantinet exagéré.

A cet instant là, Dominique est ressortie de son bureau, elle a longé le couloir, a passé la tête par l’embrasure de notre porte et a déclaré : « On dirait un peu un lâcher de chats de gouttière en rut », puis elle est repartie franc battant.

Sophie a dit : « Peut-être qu’il va falloir qu’on se calme, avant de voir débarquer des types avec des fléchettes hypodermiques »

C’est dingue, quand-même, que l’on ait plus le droit d’exprimer librement son art.

Les joies corporelles de la maternité

L’autre soir, harassée par une journée de dur labeur, le visage encore maquillé en Maléfique mais qui a un peu tourné en Joker à cause de la transpiration, les cornes sur la tête (voir épisode précédent), je rentre à la maison, prête à poser mes doigts de pieds en éventail sur la table basse quand je trouve Mère portant Hannah dans les bras, en train de faire la danse de la pluie dans le salon.

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Je sais qu’étant donné que je rentre du boulot déguisée en Maléfique, je suis mal placée pour taxer qui que ce soit d' »original », mais tout de même, je reconnais que cela m’a plutôt surprise.

Les sourcils positionnés en oblique, preuves de son intense concentration, elle effectuait des petits mouvements avec raideur, pliant le genou gauche, se relevant, pliant le genou droit, reculant et pivotant et ainsi de suite, avec systématisme et détermination, apparemment prête à ce que la pluie s’abatte sur les moissons.

Hannah, déjà habituée à la folie familiale, semblait imperturbable, et Caro les observait, imperturbable elle aussi.

« Qu’est-ce que tu fiches ? », osai-je enfin demander en ôtant mes cornes.

« Je fais la danse de l’alcoolique ».

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« Ah ».

Je sais que Mère a une légère addiction au Pastis, mais pas de là à virer alcolo dansant sur le tapis plain, sa petite fille sous le bras. Donc je demande plus de précisions. « Et c’est quoi, la danse de l’alcoolique ? ». « La danse de la colique, patate », me répond-elle, comme si cela tombait sous le sens. « C’est une danse qui fait passer les coliques. La sage-femme nous l’a apprise ce matin alors je répète un peu. Mais ce n’est pas évident ».

J’aimerais bien que l’on m’explique d’où provient l’étymologie du mot « Sage-femme », car à ce moment précis, je lui aurais bien octroyé nombre d’adjectifs, mais certainement pas la sagesse. Soit.

C’est à ce moment-là que ma sœur a extrait une feuille de chou de son soutien-gorge en disant : « C’est vrai que ça fait du bien. pour soulager les montées de lait ».

Là je me dis : ça y est, je me suis gourée de maison, je suis à l’hôpital psychiatrique. Je me dis aussi que le manque de sommeil fait faire bien des choses aux êtres humains.

Et avec une pastèque, je fais un beau chapeau

« Montée de lait », voilà typiquement, parmi tant d’autre, un terme qui me fait grimacer.

Pour tout vous dire, j’ai toujours eu en horreur absolument tout ce qui se rapporte au corps. Parlez-moi de fluides corporels et je deviens blême, dites-moi le mot utérus et je défaille, décrivez-moi une intervention chirurgicale et je tourne de l’œil.

Évidemment, cela a toujours beaucoup amusé mes sœurs qui prennent souvent un plaisir sadique à me parler de douleurs menstruelles, d’estomacs en vrac et d’intestins qui se font la malle.

Or, la maternité n’est à mes yeux qu’une immense succession de sujets corporels, contrairement à la majorité des êtres humains qui semblent y trouver une source de joie et de ravissement, ce qui explique que l’Humanité continue à se reproduire.

Du coup J’ai toujours mis un point d’honneur à me tenir à distance respectable de tout ce qui concerne l’univers des bébés.

Etant dotée d’un instinct de reproduction proche de l’amibe, cette distance me vient naturellement et j’ai toujours été épargnée, même par mes amies qui sont devenues mères et qui savent que si elles me parlent biberon ou couches culottes je hurle à la mort ou m’endors la tête dans mes macaronis.

Mais avec la naissance de ma nièce, me voilà propulsée précisément dans ce monde que j’ai toujours pris soin d’éviter, découvrant peu à peu ses arcanes.

Parlons tout d’abord de la césarienne, joie parmi les joies.

Puisque l’accouchement n’a pu se faire par voie basse (vous voyez bien que je tiens malgré tout à utiliser les termes adéquats, afin que l’on ne s’y méprenne pas : ma sœur n’a point accouché par la bouche), les médecins ont eu recours à la césarienne.

Je sais ce que cela sous-entend : il faut sortir les scalpels et tout le tintouin, et trancher dans le bide pour aller en extraire le petit être. Je ne suis pas naïve. Mais j’aurais bien aimé, une fois de plus, que l’on m’épargne. Que l’on en reste là dans la description des évènements. Un simple : « Elle est née par césarienne ». Mais non. Il a fallu que Steph, qui accompagnait Caro à son accouchement, revienne de l’hôpital en me relatant les détails avec grande joie : « Ils ont trifouillé dans le ventre de Caro. Comme j’étais curieuse, j’ai regardé derrière le champ stérile. Tu aurais vu ça ! C’était une véritable boucherie ! Ils jetaient des choses sur le sol. Des outils, je crois. Et même des organes. Après, ils l’ont recousue en de nombreuses couches, un peu comme une lasagne ».

Merci, mais la lasagne était mon plat préféré, et je ne pourrai désormais plus jamais en manger avec la même innocence.

Il y a aussi les gerbes de lait.

Je donnais pour la première fois son biberon à Hannah et elle semblait se délecter en me regardant avec ses petits yeux en tête d’épingle, quand soudain une fontaine de lait est sortie de sa bouche. Une gerbe de lait plus grande qu’elle. Un tsunami de lait. Je l’ai soulevée en hurlant « Elle a fait une gerbe de lait ! » et ma sœur, qui nous observait, gloussait en disant « C’est normal, ne t’inquiète pas ».

Son bébé fait une gerbe de lait digne d’une scène de l’exorciste sur mon épaule et elle voudrait que je reste calme ?

Et bien entendu , je vous passe le chapitre sur le contenu de ses couches culottes car je vous ai déjà relaté dans l’épisode précédent qu’Hannah, dans sa grande mansuétude, m’avait carrément chié sur les mains, en guise d’amitié, apparemment.

Là encore, Caro m’a dit que je pouvais m’estimer heureuse parce que certaines personnes pratiquent l’hygiène infantile naturelle.

Jamais avare de connaissances, je lui ai demandé de quoi il s’agissait, ce que je n’aurais jamais dû faire car, à mon grand désarroi, elle m’a expliqué que certains parents, afin d’éviter d’utiliser trop de couches culottes et d’être en grande connexion cosmique avec leur progéniture, laissent leur bébé cul nu et essayent de deviner quand il doit chier et récoltent le devin nectar dans leurs mains. Apparemment, elle a exagéré et ils le mettent plutôt au-dessus des toilettes en essayant de ne pas le lâcher, mais le résultat est le même, à peu de choses près.

Non mais on en parle, du bébé susceptible de déféquer sur la moquette du salon ?

Dans la même veine de bobos-bio, il y a apparemment aussi celles qui ingèrent leur placenta, sous prétexte que les animaux le font (mon chien se lèche le cul est-ce pour autant que je fais pareil ?) et que c’est bourré d’omégas trois, choses que me procurent aussi facilement les noix et les sardines.

Cette histoire de bouffer son placenta me fait gravement penser au personnage d’Eugène Tooms dans X files, qui bouffait le foie de ses victimes et devenait tout jaune, mais je sais bien que mon obsession pour cette série a tendance à altérer ma vision du monde, et j’imagine que chacun fait ce qu’il veut en ce vaste monde, mais perso, le jour où vous me verrez me préparer un steak saignant de placenta servi avec sa petite sauce crémeuse aux girolles n’est pas venu.

Un placenta au p’tit déj et c’est parti pour une belle journée

Et je terminerai la liste non exhaustive des joies corporelles liées à la petite-enfance en vous disant que Caro s’est levée en disant : « Bon, je vais moucher le nez d’Hannah » et qu’elle est revenue avec un engin de torture qui apparemment s’appelle le mouche bébé et qui fonctionne très simplement comme un petit siphon qu’il faut enclencher en aspirant avec la bouche.

Là je suis restée un instant interdite, puis j’ai dit : « Tu dois beaucoup aimer ta fille pour lui avaler ses crottes de nez ». Et elle a répondu « Tu es bête, Natha ».

« Apprendre à aimer »

Une bien maléfique matinée

Ce matin, comme chaque matin, les mains dans les poches et des valises sous les yeux, j’ai traversé les ruelles sombres de Namur-city en quête de mon traditionnel pistolet au fromage.

Arrivée devant la devanture de la boulangerie, le volet était fermé, sans même une explication alors que les meubles de la terrasse étaient tout de même déployés. Mystère et boule de gomme.

Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis un peu Sheldon Cooper sur les bords et la boulangerie du matin fait partie de mon rituel immuable, alors vous comprendrez que j’ai été fortement perturbée de devoir en changer.

Quoi ? Ma boulangerie est fermée ?

En effet, chaque matin, je vais y quérir un pistolet avec du beurre, du fromage et des œufs.

Et, chaque matin, la nouvelle petite vendeuse se trompe dans ma commande.

Alors, chaque matin, j’arrive au bureau fortement courroucée par cette petite vendeuse et je raconte à mes collègues du bureau rock and roll un épisode de la saga boulangerie. « Et alors ? Aujourd’hui, la petite vendeuse ? Qu’est-ce qu’elle a fait ? » demandent-ils en chœur.

Par exemple, le premier jour, je lui ai dit : « J’aimerais un pistolet à l’ancienne avec du beurre, du fromage et des œufs, s’il-vous-plait ». Elle est partie vers le comptoir à sandwich et elle a demandé : « Vous m’avez dit jambon ? » « Non, juste du fromage » « Et de la mayonnaise ? » « Non, du beurre ». « Avec des crudités ? » « Non, seulement des œufs »

Puis elle est revenue vers sa caisse et elle m’a dit : « ça fera trois euros cinquante » « Combien ? » ai-je dit d’un air outré. « Ah non, pardon, j’avais 3 euros 50 en tête, et quand j’ai une somme en tête, j’ai tendance à la réclamer toute la journée ».

Le lendemain : « Bonjour, je voudrais un pistolet à l’ancienne avec du beurre, du fromage et des œufs, s’il-vous-plait » « Je vous mets du jambon ? » « Non, du fromage » « Et des crudités ? » « Juste des œufs. Oh, et puis, mettez-moi un croissant en plus » « Ok. ça fera 6€20 » « Six euros vingt pour un pistolet et un croissant ?! » « Oh non, pardon, mais aujourd’hui, j’ai six euros 20 en tête ».

Puis je sors dans la rue, j’ouvre mon pistolet : diablerie, elle n’a pas mis les œufs donc je rentre et je lui fait remarquer et elle me dit : « Ah non, on n’a pas d’œufs aujourd’hui » « Vous auriez pu me le dire, non ? » Et ainsi de suite chaque matin, et cette embrouille matinale m’est nécessaire pour bien démarrer ma journée de râlerie sur les chapeaux de roue.

Hier, d’ailleurs, voyant que la petite vendeuse n’était plus là et qu’il y avait une nouvelle vendeuse à la place, j’ai manqué donner mon avis à la patronne en lui disant : « Votre vendeuse n’est plus là ? Vous auriez peut-être dû la garder, parce que je pense qu’elle enrichissait vos caisses », mais je me suis abstenue, et j’ai bien fait car j’ai appris par Chrisitine B., qui était aussi désœuvrée que moi ce matin devant la boulangerie vide qu’ils ont fait faillite et du coup, ma remarque aurait été perçue comme étant largement malaisante.

Du coup, on a dû se rendre dans une nouvelle boulangerie.

 Là, sans doute sous le coup de l’émotion, Christine B. a fait choir tout le présentoir à sucettes, mettant le dawa dans notre nouvelle villégiature.

Ensuite, elle a voulu payer en mettant sa carte d’identité dans le lecteur de cartes de banque et elle a dit : « Je crois que je vais aller me recoucher, moi ».

Mais il est strictement interdit de faire ce genre de choses alors nous sommes allées travailler.

Alors que nous nous apprêtions à raconter à nos collègues leur épisode matinal de la saga boulangerie, la Nouvelle-Sophie est arrivée, un étrange colis au bout du bras. « C’est pour toi » m’a-t-elle annoncé d’un ton officiel. J’ai ouvert un grand sac dans lequel était replié un mirifique costume de Maléfique. « C’est pour votre animation Halloween », a-t-elle spécifié, craignant peut-être que je ne le porte comme habit de jour.

Vu que l’on m’a souvent dit que je ressemblais à Angelina Jolie, j’ai trouvé le choix de ce costume totalement judicieux et je l’ai enfilé immédiatement, excitée comme un coucou.

Cela a fait forte impression sur mes collègues qui arrivaient au compte-goutte et quand Marie-Christine est arrivée, elle m’a demandé : « Tu as une animation aujourd’hui ? » et j’ai répondu « Non, pourquoi ? ».

En bref, je m’amusais follement et, grisée par mon succès, Bouchon m’a ouvert la porte d’entrée afin que j’effraye quelques enfants qui se rendaient vers l’école dans la ruelle sombre. Un homme à vélo a manqué se prendre un muret, et j’ai vu quelques yeux sortir de leurs orbites alors j’ai continué mon tour dans les différents étages de la bibliothèque, jusqu’à semer, l’espace d’une seconde, le doute dans le yeux de Fabienne S. qui a senti son sang se glacer.

En résumé, je crois que demain, on va bien s’amuser.

Une tarte dans ta gueule, sale mioche

Apprendre à aimer

Ce 9 octobre, voyant les heures passer interminablement depuis l’entrée de Caro à l’hôpital 30 heures plus tôt, Mère, Adèle et moi-même avons fait mine d’aller nous coucher, même si nous étions trop excitées pour sombrer dans le sommeil du juste, sachant que d’un instant à l’autre, nous allions être propulsées respectivement mamy, moyenne tata et grande tata.

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Puis un Ding de messagerie a retenti : Hannah venait de pousser son premier cri, marquant son arrivée dans ce vaste monde. Il y avait même une photo qui accompagnait le message, faisant fondre mon cœur de pierre et faisant pleurer Mère à chaudes larmes, qui a déclaré : « Elle est tellement belle ». Ce qui est vrai, en toute objectivité bien-sûr.

Le lendemain, il a fallu ronger son frein jusqu’à 14 heures, heure des visites, en allant travailler comme si c’était un jour normal, tapant sur le système nerveux des collègues, basculant du côté obscur de la force en devenant la relou de service qui montre à tous ceux qui n’osent pas dire non la photo de sa nièce, vantant sa beauté subjuguante, alors qu’elle ressemble vraisemblablement à un petit Alien fraîchement débarqué sur Terre.

A 14 heures moins deux, je suis rentrée dans la chambre 116 où Père, fendu d’un sourire radieux doublé d’un air ébahi portait sa petite fille dans les bras.

Deux jours plus tard, c’était l’anniversaire de Caro, alors Mère est allée lui acheter des petits présents, ce qui est chose rare dans notre famille de radasses où l’on ne se fait jamais de cadeaux. Du coup, elle a ouvert des yeux grands comme des soucoupes en demandant pourquoi on lui offrait des cadeaux. « C’est ton anniversaire, ma chérie », a-t’on dû lui expliquer. La chose lui avait échappé. On a fait une mini fête, debout autour de son lit (les chaises étaient inexistantes), coincées comme des sardines dans cette demi chambre exigue, transpirant comme des sagouins car apparemment les bébés aiment les ambiances tropicales.

Caro s’était mise sur son 31, avec teint blafard, cernes sous les yeux, cheveux gras et des bas de contention qui, d’après Adèle, lui confèrent un air de Louis 14.

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Puis, quelques jours plus tard, il était enfin temps de quitter l’hôpital. Quand Adèle et moi sommes allées les chercher , une infirmière a demandé à Caro : « Alors ? Vous êtes satisfaite de votre séjour ? », ce qui nous a donné l’idée de créer une page « Maternité » sur Tripadvisor. Nourriture : dégueu, soins : TB, déco de la chambre : à chier, température trop élevée.

Histoire de prendre leurs marques et de se faire aider et choyer par la famille, la nouvelle maman et son bébé se sont installées à la maison.

Comprenez tout ce que cela a de perturbant pour moi, qui suis un être dont la vie entière est rythmée par l’Ordre et l’Habitude, tout l’inverse de ce qu’amènent ces petites créatures complexes créant Désordre et Chaos dans leur sillage.

La première nuit, en allant me coucher, j’ai écouté un CD d’hypnose pour maigrir avec sa tête, ce qui change un peu de maigrir avec son cul. Le Grand Gourou compte de 10 à zéro avant d’entamer une séance d’une vingtaine de minutes de suggestions positives vous chuchotant que vous avez un corps de déesse égyptienne. Mais je n’ai entendu que « 10, vos orteils sont lourds, 9, vos mollets sont lourds » avant de sombrer dans un sommeil profond.

Pendant ce temps, apparemment, Hannah a pleuré. Puis Caro a pleuré parce qu’Hannah pleurait. Puis Petite-Beauté a sauté par le vélux et elle a atterri dans le lit de Mère, une souris vivante entre les crocs. Mère a hurlé et a essayé d’attraper le rongeur qui a trouvé refuge derrière une étagère de l’atelier, l’obligeant a déplacer toutes les boites placées dessus.

Caro s’est levée, interpellée par le vacarme et a trouvé Mère à quatre pattes en train de vider ses caisses de peinture. Caro a proposé de piéger la souris dans une boite en carton et de la rejeter dans le jardin, ce qui a réveillé le chien qui dormait allongé en plein milieu de l’escalier.

Au matin, je me suis éveillée avec des écouteurs dans les oreilles, et je me suis demandé pourquoi il n’y avait plus rien après le chiffre 9. Peut-être parce que je m’étais endormie ? En tous cas, moi, j’avais « fait ma nuit ».

Je suis allée saluer ma nièce avant de partir travailler. Elle était lovée dans les bras de Caro, qui avait la figure déconfite. Mère était étendue dans la même pièce, endormie, la bouche entrouverte, respirant fortement. « Avez-vous passé une bonne première nuit ? » ai-je demandé, car je m’inquiète pour mon prochain. « On peut dire ça comme ça » m’a dit Caro. C’est dingue, ces gens qui ont le sommeil léger et qui se réveillent au moindre cri de bébé ou de souris.

Je suis allée travailler, et j’ai bien annoncé à tout le monde que malgré ma bonne nuit réparatrice, j’étais assez fatiguée en ce moment, et que du coup il fallait me ménager. Ce n’est pas simple d’être tantine, c’est un boulot à plein temps.

Et puis, ce soir, en rentrant du boulot, Caro m’a expliqué qu’Hannah faisait un « pic de croissance ». Avide de Savoir, je lui ai demandé ce que cela signifiait et elle a répondu : « Ce sont des jours où les bébés sont plus éveillés, ils mangent plus et chient plus ». J’ai dit que je pensais que moi aussi je faisais un pic de croissance, malgré les injonctions de mon Grand Gourou d’hypnose à manger moins, mais nous avons été interrompues car Hannah, fière de démontrer à ma sœur qu’elle avait raison, a commencé à lui chier sur les mains alors qu’elle ouvrait son lange. J’ai pris un air très dégouté et Caro m’a dit : « Tiens-lui les jambes pendant que je vais chercher des essuies » Et, dans la panique, je lui ai obéi. C’est alors qu’elle a donné un second coup d’envoi en me lançant un grand jet de diarrhée.

J’ai chanté « Apprendre à aimer » de Florent Pagny, ce qui est une chanson que chante Mélanie quand Hugo et Félix font des pics de créativité.

Puis, sur le lange, j’ai vu qu’il était écrit  » Love is the message », ce qui nous a fait très fortement rire, jusqu’à en avoir mal au ventre, et d’ailleurs, Caro s’est écriée :  » Je ris tellement que je crois que ma cicatrice s’est ouverte ».

Comme quoi, faut pas croire que la vie est de tout repos.

La dernière y restera

Ce week-end, sous la houlette de ma tante qui a mis la pièce en scène, j’ai fait du théâtre avec les copines. La pièce s’intitulait « La dernière y restera » de Jean-Claude Sussfeld et, comme dirait Florence Foresti pour paraphraser Isabelle Adjani : « Nous avons fait un triomphe, merci ».

Comme vous pouvez le constater, nous étions très en beauté.

Et Marianne, comme a son habitude, a remis en question mes impressions de grande sportive.