Aventurière de l'extrême

Dialogue de sourdes

Aujourd’hui c’est vendredi. Avec Sophie et Isabelle, on mange des croissants au beurre que l’on trempe dans du thé vert, pour avoir notre taux d’anti-oxidants.

« J’ai fait un rêve », que je leur dis en faisant tomber des miettes au fond de la tasse.

« Raconte »

« J’étais une sorte de bergère et je devais conduire mon troupeau, mais un troupeau de drôles de bêtes : un mélange entre des moutons et des chèvres à travers des pièces, des couloirs, des maisons, dans le but de les guider vers la liberté.

« Ah » me dit Sophie, qui a l’habitude d’ analyser ma psyché malade. « Je crois que tu as le syndrome de la bergère, mon petit caniche »

« C’est-à-dire ? »

« Peut-être que tu es investie d’une mission de guide »

« Peut-être, mais c’est aussi à cause de Laurence. Hier soir, elle m’a dit que nous étions des bergères des temps modernes »

« Tu sais, a ajouté Isabelle, c’est peut-être aussi parce que tu aimes la Grèce »

J’ai regardé mon croissant. « C’est vrai que j’aime la graisse. Mais j’aime aussi le sucre »

Sophie : « Et les antioxydants »

Isabelle : « Mais non, je parlais du pays : la Grèce. Là-bas, il y a beaucoup de pâtres ».

Moi : Des pâtres ?

Isabelle : Oui, des pâtres grecs

Sophie : Oh ! J’adore les pâtes grecques !

Isabelle : Non, je voulais dire des pâtres grecs. Des pâtres grecs qui mangent des pâtes grecques.

Là, j’ai un peu chanté : « Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec et mes cheveux aux quatre vents », en l’honneur de Jean-Chri qui a œuvré à faire ma culture musicale de gauchiste.

Sophie : Et tu devais aller où, avec ton troupeau ?

Moi : Je devais les amener dans une prairie, mais j’avais peur qu’ils ne se fassent écraser sur la route si je les lâchais comme ça et Mère est apparue et m’a dit qu’ils n’avaient rien à craindre parce que la prairie dans laquelle je les libérais était une prairie infinie.

Là, Isabelle s’est levée, en emportant sa tasse de thé.

Nous : « Tu vas où, Isabelle ?

« Je descends chercher un dictionnaire sur la symbolique des rêves. Je vais voir s’ils ont une entrée à « prairie infinie », Ca a l’air grave, cette histoire ».

Engagée dans la société

Souffrance du monde moderne, j'ai mangé du Nutella

Je vous avais déjà dit que je souffre de culpabilité morbide, voire mortifère.

Kézako, cher Docteur Freud ?

Eh bien, c’est très simple : Il s’agit d’un sentiment aigu de culpabilité qui ne me quitte jamais, au grand jamais.

Je souffre également de compulsions alimentaires et, vous vous en doutez, cette combinaison des deux névroses donne un terrain idéal pour que l’une nourrisse l’autre, au sens propre comme au sens figuré, un beau cercle vicieux compulsion alimentaire/culpabilité difficile à briser.

Ajoutez à cela une suspicion sévère d’endométriose et PAF : c’est le combo gagnant.

Voilà le tableau : Lundi, souffrant violemment des ovaires ; comme si un Raptor me les broyait pour en faire du carpaccio ; je déambulais, les yeux hagards, dans les rayons du Supermarché à la recherche de sucre, en mode camée accro à la méthamphétamine, les règles appelant la compulsion de sucre, la compulsion de sucre appelant la culpabilité, la culpabilité appelant la souffrance psychique.

En plus, j’étais chez Aldi, pour vous aider à situer le curseur de mon désarroi.

Et là, au détour d’un rayon, j’aperçois L’objet de ma convoitise : un pot de Nutella.

Or ; il se fait qu’au quotidien, j’essaye autant que faire se peut de manger bio, de saison, de limiter mes déchets, mon emprunte carbone (même si je prends souvent l’avion, autre sujet de culpabilité) et tout le tintouin.

C’est dans cette optique là que j’ai décidé, il y a deux ans, de supprimer le Nutella. Adèle vous le dirait : « Manger une cuillère de Nutella, c’est tuer un orang outan ».

Et moi, j’aime bien les orang outans, et toutes les autres bêtes. Quand j’étais enfant, mon héros était le commandant Cousteau, ensuite je me suis intéressée à fond à Jane Goodall. J’ai pleuré quand le bébé chimpanzé s’est laissé mourir de désespoir après le décès de sa mère, j’ai pleuré quand j’ai vu passer des koalas grillés sur mon fil d’actualité et même si parfois je rêve de déposer mon chien et mes trois chats dans une caisse en carton devant la SPA, je ne l’ai pas encore fait. C’est vous dire si j’aime ces saloperies de bestioles.

Et soudain, il était là, tout moelleux, tout sucré, au soi-disant goût de noisettes, et il m’appelait : « Nathaliochka ! C’est dans ton estomac que je veux finir ! ». Ni mes incantations à Greta Thunberg ni ma morale aiguisée n’ont pu empêcher ce qui s’est produit ensuite : je suis passée à la caisse avec mon pot, et je suis revenue, honteuse, dans le BRR (Bureau Rock and roll) où mes collègues se sont sentis navrés pour moi.

D’abord, j’ai trop culpabilisé pour le manger, alors je l’ai laissé là, dans le bureau, où il est resté jusqu’au vendredi, me narguant un peu chaque jour : Et maintenant, même si tu ne me manges pas, le résultat sera le même : tu auras contribué au fléau de la déforestation.

Vendredi, Sophie entre en criant « Shabbat shalom ! » car chaque vendredi, nous faisons shabbat, c’est-à-dire que nous avons le droit de prendre un petit-déjeuner sucré. Là, j’ai mis ma tête dans mes coudes, de désespoir, et j’ai cédé en mangeant des sandwichs mous au Nutella, avec beurre salé en sus, s’il-vous-plait bien.

André m’a dit que je lui faisais penser à l’avocat de la « Guerre des Rose » qui a arrêté de fumer il y a 25 ans et qui garde toujours sur lui une clope dans une boite, pour lui rappeler d’où il revient et qui craque le jour où le divorce de ses clients part trop en sucette (rappelez-vous qu’elle va quand-même jusqu’à servir à son ex-mari son propre chien en ragout, alors parlons-en, de la cause animale).

Ensuite, le téléphone a sonné et André m’a tendu le cornet en disant : « C’est pour toi ». C’était Mélanie qui me disait : « Et alors, mon Bichon ? Il parait que tu manges du Nutella ?! »

« Comment peux-tu être au courant ? » « André m’a envoyé une alerte rouge » « Ah » « Et ta mère est au courant ? » « Non ! Ne lui dis pas, s’il-te-plait » « On verra ». Et, comme pour me punir, ils se sont tous mis à chanter « Aux champs Elysées », ma chanson détestée.

A la pause, je suis allée sur Messenger, où j’avais reçu de la part de Mélanie, quelques jolis gifs dans ce genre-là (je n’ai pas réussi à les retrouver sur le net) :

Le téléphone a de nouveau sonné et là, une voix inconnue déclare qu’elle fait une enquête pour les consommateurs de Nutella et qu’elle aimerait savoir si j’en consomme occasionnellement. J’affirme « Jamais » et j’entends, en arrière-fond, Mélanie crier « Menteuse !!! ».

Puis sa collègue me demande si j’ai déjà entendu parler de réchauffement climatique, de déforestation, des singes qui perdent leur habitat.

Et, pendant ce temps, je ne vous mens pas en vous disant que j’étais en train de prendre des renseignements pour m’inscrire aux sessions de « Je cours pour mes formes », et que la culpabilité m’a fait appuyer sur le bouton « Je valide ma participation ».

Ben oui, il faut bien que la culpabilité ait aussi du bon, parfois.

Je rachèterai ma conduite en allant m’initier à la course à pieds, ce qui promet encore de belles expériences à relater dans ce journal intime.

Célibataire endurcie

Les téléfilms de Noël Versus la Vraie Vie

Mel-Bichon et moi, on aime bien les téléfilms de Noël. Elle laisse les enfants à la garderie en disant à Madame Sabrina qu’elle a eu un contretemps. On se remplit des grands verres de gin et on se fout sous un plaid. 

C’est là que Clemsou appelle pour nous proposer de la rejoindre boire un vin chaud au marché de Noël. “On ne peut pas, Clemsou, on a déjà tant de projets et de sollicitations”. 

Clemsou, à qui on ne la fait pas, répond : “Comme je vous comprends, les filles. Moi aussi j’ai un nouveau but dans la vie : c’est rester le plus possible chez moi”. 

On ne se refait pas. On a bientôt 40 ans, il fait froid dehors, et Courtney est en train de faire un tour en calèche avec Derek, ce qui signifie que le moment est décisif.

Mélanie me rassure : “Ne t’inquiète pas, je sais que le suspense est insoutenable, mais je pense que ça finira bien”.

Parlons de ça : le fait que cela se termine bien. Contrairement à la vraie vie, qui se termine mal (la mort) et sans balade en calèche.

Parce que dans les téléfilms de Noël, tout est toujours différent de la vraie vie.

Décortiquons le phénomène.

Dans le téléfilm, l’héroïne porte toujours un prénom mièvre. Du genre Cristal. De préférence avec un “y”. 

Crystal est blonde, mince, elle a le teint frais, elle se fait des boucles au fer à friser chaque matin (où trouves-tu le temps de faire ce genre de choses, Crystal ?) et elle porte des pulls roses en angora.

Dans la vraie vie, il se peut que tu aies des cheveux blancs, que tu sois obèse, que tu tapes sur ton réveil plusieurs fois chaque matin et que du coup tu te retrouves au boulot avec des cernes sous les yeux, un pull informe, la crolle au vent, la gueule de travers.

Il se peut aussi que tu cumules tout cela.

Si, si, je t’assure, c’est plus que vraisemblable.

Crystal est célibataire et ça, c’est à peu près la seule chose que tu aies en commun avec elle. Mais il va sans dire que dans ton cas, c’est louche et dans le sien, c’est juste qu’elle a privilégié sa carrière à ses amours (un peu comme toi, ceci dit). 

Mais l’horloge biologique de Cricri commence à la tarauder, là où toi, tu es carrément périmée et elle réalise qu’elle est peut-être passée à côté d’une valeur essentielle : l’amour à partager autour d’une bonne tasse de chocolat chaud dans laquelle on balance des marshmallows.

Non mais Crystal! Comment fais-tu pour rester si mince ? Moi si je fais ça mon insuline battrait tellement la campagne que le Smur m’embarquerait sur le champ.

Avez-vous remarqué qu’il y a toujours une histoire de soeurs jumelles dans les téléfilms de Noël ? Qui décident de s’échanger leur vie. La vie de Crystal contre celle de Candy.

En vrai : jamais tu n’échangerais ta vie contre celle d’une de tes soeurs. Il y en a une qui a un bébé qui pleure la nuit, une autre qui doit se lever avant six heures du matin pour aller jusqu’à Bruxelles et une autre qui jongle avec des couteaux de cuisine. Bon, vous me direz, vu que tes soeurs ne sont pas tes jumelles, cela ne pourrait pas fonctionner. Je crois que si l’une d’elles se pointait au bureau à ta place, tes collègues se rendraient assez vite compte de la supercherie.

Et si ton mec réalisait subitement qu’il n’existe pas qu’une seule version de toi mais deux, il partirait en courant en hurlant “au secours, pas encore elle !”.

Le héros, quant à lui, s’appelle Brad.

Brad est célibataire, lui aussi. Mais c’est à cause d’un vilain coup du sort. Brad est veuf.

C’est bien, un veuf. Il a été marié, donc il n’a pas de problèmes d’engagement, ce n’est pas de sa faute si sa femme est morte (ou alors on quitte définitivement le conte de Noel pour virer thriller islandais) et comme il a souffert, cela le rend d’autant plus craquant.

Avec un veuf, on se met en mode challenger pour lui rendre le sourire ultrabright qu’il a perdu durant la déroute qu’a été cette épreuve.

Brad porte de longues écharpes sur un grand manteau ouvert et chic.

Dans la vrai vie, je ne pense pas que le prénom Brad coure les rues de Namur-city. Et les veufs trentenaires sont plutôt rares.Tu tombes sans arrêt sur le célibataire chelou resté sur le carreau car il a des soucis d’engagement. Celui qui préfère jouer à la console en bouffant des Chipitos habillé en sarouel.

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Puisqu’il a eu une vie avant toi, Brad-le-veuf a des enfants. Mais attention, pas n’importe quels enfants : des enfants charmants.

Là encore, on sent que le téléfilm essaye de nous rouler dans la farine. Car tout le monde le sait pertinemment : les enfants charmants, ça n’existe pas.

Et en plus, Il y zéro chance pour que tu sortes avec un type qui a des gosses. Charrie pas. Et même s’il y avait la moindre chance que ce soit vrai, ses gosses te hurleraient “T’as rien à dire, t’es pas ma mère”  et tu leur retournerais une tatane dans la tronche pour bien leur faire comprendre que si, c’est quand-même toi qui décide.

Crystal a un chien. Un beau labrador blond qui garde le noeud d’emballage qu’on lui a mis autour du cou.

En vrai : ton chien est censé être blanc mais, à force de s’être roulé dedans, il ressemble à une grande bouse de vache, sans parler de l’odeur. Et si tu essayes de lui mettre du ruban autour du cou, il se roule sur le tapis, faisant tomber la table basse du salon sur laquelle se trouvait un verre qui se brise en mille morceaux et, quand tu te mets à les ramasser, un éclat va se ficher dans ton doigt et te fait souffrir pendant des jours, jusqu’au moment où ton corps l’expulse et que tu t’écries devant tes collègues ébahis : “Je perds un morceau de verre !” (véridique)

Brad, quant à lui, possède un chat. Un chaton qu’il a offert à ses enfants pour leur faire oublier un instant que leur maman est partie dans le ciel. Le chaton a les yeux bleus et ne perd pas ses poils. 

En vrai : Ton chat se jette sur les décorations avec des yeux maléfiques, comme si les guirlandes étaient Le Haut Mal. Et il t’a pété toutes tes boules, y compris les jolies vintage qui te restent de ta grand-mère et auxquelles tu tenais beaucoup. 

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Dans le téléfilm de Noël, Brad décide d’emmener Crystal à la patinoire. 

C’est quoi ce plan de merde ? Il ne peut pas l’inviter à aller siffler du gin au bar du marché, comme tout mec civilisé ? Et profiter du fait qu’elle ait un verre dans le nez pour tenter de la ramener chez lui ?

Non, Brad en a décidé autrement, il se la joue plan romantique à la pati.

Mais bon sang de bois, Brad ! Tu ne réalises pas qu’à la pati, il fait moins mille degrés et que du coup, ça donne des joues rouges et la goutte au nez ?

Je ne sais pas comment fait Crystal pour rester fraîche mais toi, tu renifles en mode marsouin, avec raclements de gorge et tout et tout. Bonjour la romance.

Et ne parlons même pas du fait que personne ne tient sur ses deux quilles, dans une patinoire. C’est un endroit où personne n’est plus allé depuis ses 8 ans, donc niveau équilibre, on fait mieux.Tu vas me dire, c’est peut-être le plan secret de Brad : faire chanceler Crystal pour pouvoir la rattraper dans ses bras. Parce que lui, il tient sur ses deux patins. C’est quoi le truc ? Il s’entraîne seul chaque samedi depuis le décès de sa femme en espérant pécho une meuf le jour où il sera de nouveau prêt à aimer ? Ou essayerait-on à nouveau de nous dire que les hommes tiennent instinctivement debout alors que les femmes sont des petites créatures qui crient : “Tiens-moi, Brady, je sens que je vacille” ?

Toi, si tu tombes sur Brady pour qu’il te ratrappe, autant te dire qu’il vaut mieux qu’il ait de la force dans les bras.

Sophie m’a même raconté qu’à la pati de Namur, ils proposent aux personnes qui ont des problèmes de stabilité de s’accrocher à un grand dinosaure en plastique. Oui, je sais, je te fais rêver, Bradounet.

Après la patinoire, Brad propose d’aller manger des cupcakes dans un salon de thé. 

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Il va falloir qu’on m’explique, ce que c’est, le délire avec les cupcakes. C’est un putain de quatre quarts tout sec sur lequel on tape des colorants roses et des paillettes. Non mais c’est immonde ce truc.

Et dans la vraie vie, dans les salons de thé, il n’y a que des vieilles dames agressives qui se parfument trop, qui portent des peaux de renards autour du cou et qui te font des croche-pieds avec leur canne. Pas vraiment le bon lieu pour un plan drague, quoi.

Et pour couronner le tout, la neige commence à saupoudrer les maisons de ses blancs flocons. Crystal et Brad n’ont même pas froid.

En vrai : Il pleut sans discontinuer et le ciel est d’un gris tellement blafard que tes endorphines se font la malle et que tu pleures dans ton salon en portant tes luminettes qui te donnent un air d’extra-terrestre.


Enfin, je vous dis tout ça, moi, c’est juste pour vous partager mon analyse et vous dire, en résumé, que la vie craint le boudin.

Mais bon, ça, vous le saviez déjà.

Baby-sitter du tonnerre

Le côté obscur de la force

Depuis quelques semaines maintenant, ma matinée de travail se déroule invariablement comme ceci : je pousse la lourde porte cochère de la bibliothèque et, les yeux encore endormis, le pas traînant, le souffle court, je monte une à une les marches qui mènent à mon bureau. Deux étages sans ascenseur, mon Everest à moi.

Je tiens à préciser que je suis l’une des premières arrivées, d’abord pour éviter les embouteillages qui me rendent chafouin, ensuite pour faire un pied de nez à Annie, ma cheffe qui se gausse toujours de moi car je souffre de devoir me lever alors que la nuit recouvre encore la ville entière.

Je déroule mon écharpe que je jette négligemment et qui tombe pile à côté du porte-manteaux et je me prépare un thé vert afin d’accompagner mon traditionnel pistolet-à-l’-ancienne-avec-du-beurre-du-fromage-et-des-œufs (suivez un peu, ceci est une saga).

Mes premiers collègues commencent à arriver et pointent le bout de leur nez dans mon bureau.

Bernie : « Salut Natha ! Alors ? Comment va le bébé ? »

Ute : « Coucou ! Hannah se porte bien ? »

Fabibi : « Ca va ? Le bébé est en forme ? »

Bernie encore : « Tu viendras me la présenter ? » « Moi ? Mais je ne sais même pas comment on transporte ces trucs-là ! ».

Même des collègues dont je ne suis pas spécialement proche me demandent quotidiennement comment va le bébé. C’est à tel point que je me demande si je ne fais pas un déni de maternité ou quelque chose de la sorte. Les gens s’intéressent tellement à ma nièce que j’ai l’impression que c’est moi qui vient de donner naissance à un être vivant après avoir eu des contractions pendant trente heures.

Et pourtant, je vous jure que j’essaie à tout prix de ne pas devenir la meuf qui bascule du côté obscur et qui entre en salle de réunion en s’écriant : « Je vais vous montrer les 223 photos de ma nièce ». (Il n’y a qu’avec ma copine Aline, qui est devenue tantine quelques jours avant moi, que je sais qu’on peut s’échanger des photos de bébés).

Je t’échange Roméo qui sourit contre Hannah qui fait caca

Donc cela vient d’eux, spontanément. C’est à croire que les gens s’intéressent VRAIMENT aux bébés. Mais pourquoi donc, bon sang de bois ?

Même si Hannah, d’après un pédiatre qui a beaucoup énervé ma soeur, est HP (ouais, sérieux, le mec, il déclare ça alors qu’elle n’a que quelques semaines), je ne vais quand même pas vous répondre « Oui, ça va, elle apprend l’italien », ou « Elle s’intéresse à la théorie des cordes », ou encore « Elle a reproduit la tour Eiffel avec ses Kapla ». Non, restez sur terre un instant : ma nièce lutte contre le sommeil, fait des gerbes de lait et parvient tout de même à faire un truc insensé, ça il faut le lui reconnaître : se chier dans le dos.

Je pourrais quand-même leur raconter la fois où Caro a cru que sa vie n’avait pas changé au point de ne plus pouvoir refaire les mêmes activités qu’avant et où nous avons décidé de faire une virée baby-shopping à Charleroi avec Célia.

Nous sommes arrivées à midi, alors on a commencé par s’installer dans un bar à nouilles (j’aime bien dire « baranouille ») et Hannah a bu son biberon. Quand elle a eu terminé, je l’ai prise dans mes bras et, en regardant bien dans la direction des personnes qui mangeaient me faisant face, elle a fait cette grande double gerbe de lait dont elle a la spécialité, devant les gens qui sont restés prostrés, les baguettes de nouilles figées devant leur bouche grande ouverte. Et comme l’un d’eux a fait une grimace de dégout, j’ai crié : « Bon appétit !!! » en rigolant, mais je dirais que cela n’a fait rire que moi.

Ensuite elle a tellement pleuré que nous avons fait demi-tour sans même mettre le pied dans le moindre magasin et Célia a déclaré : « Ce qui est pratique, avec ma Poupette, c’est qu’elle me fait faire des économies ».

Je pourrais leur raconter cela, pourquoi pas ?

Mais moi dans tout ça ? On ne me demande pas comment je vais ? Pourtant, moi aussi je fais mes nuits, même si j’ai eu quelques coliques. (Je souffre de dysenterie, mais ça, c’est une autre histoire).

Aventurière de l'extrême

La Violette Nozière de Saint-Servais

La semaine passée, Père se lève plein d’entrain et prépare son sac de voyage : Lui, Belle-Maman et l’Ado partent se ressourcer quelques jours à Sunparks.

Au programme :

Se reposer au chalet.

Organiser un grand barbecue

Lézarder au bord de la piscine

Se retrouver en famille.

Il faut dire que ce repos était amplement mérité car l’Ado leur donne depuis quelques temps déjà pas mal de fil à retordre.

Pas du fil à retordre comme si vous deviez élever un ado, non. Plutôt du fil à retordre comme si vous deviez dresser un troupeau de chimpanzés en colère.

Tellement de fil à retordre que le psychiatre a conseillé à Belle-Maman de mettre un tranquillisant dans son verre, ni vu ni connu pour avoir un peu la paix.

Je sais que ce conseil semble carrément peu orthodoxe, mais nous parlons ici d’un cas extrême qui peut nécessiter des actions extrêmes et Belle-Maman, d’abord septique, s’est laissée tenter par l’affaire et a versé une grande dose de sédatif dans la brique de lait que l’Ado s’envoie le matin.

Père, après avoir préparé son sac de voyage, est descendu pour se faire un petit-déjeuner et, râlant car il ne restait pas le moindre quignon de pain, a décidé de se rabattre sur quelque chose qu’il n’avait plus mangé depuis au moins une décennie : des céréales avec du lait.

Vous la voyez venir, l’enroule ?

Quand Belle-Maman est arrivée, elle l’a vu affalé dans le canapé, chose impensable en pleine journée car Père est plutôt du genre hyperactif et elle lui a demandé : « Tu ne te sens pas bien ? », ce à quoi il a répondu : « Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, je me sens tout somnolent. Mes paupières sont lourdes et je ne parviens pas à lutter contre le sommeil ».

« Est-ce que tu as bu la brique de lait ? » a demandé Carine, en panique. « Oui, pourquoi ? » a-t-il répondu, vaseux, et peinant à comprendre ce que sa question venait faire dans la discussion.

Là, Belle-Maman a émis un grand rire sardonique.

et elle a dit : « Bon, c’est moi qui vais conduire jusqu’à la mer, si j’ai bien compris ? »

Pendant le trajet, comme Père dormait comme une enclume dans la voiture en émettant de gros ronflements, Axelle, un peu inquiète, a demandé : « Qu’est-ce qu’il a, Parrain ? » « Rien, ma chérie », a-t-elle répondu « Il est juste un peu fatigué, c’est tout ».

Maintenant, Père a surnommé Carine : « La Violette Nozière de Saint-Servais » et, dès qu’elle lui donne une boisson, il la renifle d’un air suspicieux.

Je crois que quelque chose dans sa confiance en elle est un peu brisé…