Docteur Cyanure

Humour de médecin

Là j’ai un peu changé de méthode, je perdais un temps fou à faire mes personnages directement au net alors le temps de réalisation était assez long et je n’avais pas le temps de tous les réaliser. Maintenant je les fais dans un carnet, très rapidement croqués. On va droit au but et le trait et le crayonnage sont même un peu plus dynamiques.

Carnets d'atelier

Fleurs sauvages et belles plantes

Grosse insomnie qui me fait quitter mon lit à six heures du matin. Je décide de descendre à l’atelier, l’oeil hagard et le cheveu rebiqué.

Visiblement, Stanislas trouve que ce n’est pas une heure pour s’y mettre et tente d’empêcher mon génie de s’exprimer en faisant un sitting sur ma tablette d’aquarelles.

Une fois le chat éjecté, je peux me concentrer sur un moment vécu la veille, la petite Hannah qui se promène le long de l’eau et des fleurs.

Un croquis à l’encre … Une légère esquisse à l’eau.

Je rajoute plein de crayon par ci et un soupçon d’acrylique par là.

J’aime bien photographier les petits tests couleurs dans les marges. C’est poétique et ça indique bien la palette qui nous a inspirée.

Toutes ces belles fleurs m’ont donné envie de m’attaquer à un sujet délicat de par leur légèreté et leur transparence : les coquelicots, photographiés autrefois quand il m’arrivait encore de crapahuter dans les champs.

Animaux

La vie des bêtes

Comme chaque matin, Mère et moi étions installées à la table du petit déjeuner.

Et comme chaque matin, Adèle est sortie de sa chambre en s’exclamant que nous avions la visite de l’infirmière en chef (elle-même).

En général, Adèle est du genre à se moquer gratuitement des autres. Mais là, je dois bien avouer qu’elle n’a pas tort de se gausser de nous car il faut reconnaître que c’est une vision qui vaut son pesant de cacahuètes. On s’installe souvent côte à côte afin de scruter « Notre jardin extraordinaire« , jumelles au poing, parées de nos pyjamas devenus informes à force de confinements successifs, biscottes sans gluten et petit pot en plastique rempli de boules roses en tous genres pour seule nourriture. Il est donc vrai que l’image n’est pas sans évoquer « Vol au-dessus d’un nid de coucou ».

C’est donc dans cette situation que nous nous trouvions quand j’ai aperçu au loin une chose brune se mouvoir dans les broussailles.

Etant une spécialiste des animaux de renommée presque mondiale, il ne m’a fallu qu’une seconde pour m’écrier : « La famille O’Connor est revenue! ».

La famille O’Connor, c’est une famille de chevreuils qui avait élu domicile dans le bois devant chez nous et qui a fait vivre à notre famille mille aventures au plus près de la nature. Par exemple en créant une rare dispute entre maman et Jean-Chri car elle voulait protéger son potager de leur appétit féroce et quand il a tendu un grillage pour ce faire, elle a soutenu qu’il n’était pas assez haut, chose qu’il a balayée d’un revers de main négligeant en soutenant qu’un chevreuil ne pouvait pas sauter si haut. (Bien entendu je vous le donne en mille, un chevreuil peut visiblement sauter si haut et Beau-Père a dû parfaire son ouvrage devant un potager dévasté et une épouse courroucée).

Puis un jour, les O’Connor ont disparu.

Nous étions en automne et tranquillement installées en famille dans le salon quand nous les avons vus accourir dans le jardin, apeurés par quelque chose et déboussolés. Puis de grands rires ont explosé, ainsi que des tirs. Des chasseurs avinés se promenaient dans le bois (un bois dans lequel on n’avait jamais vu passer quelqu’un en 25 ans) et semblaient tirer au hasard, si près des maisons. Heureusement, comme ils étaient raides défoncés, ils visaient mal et la famille de chevreuils semblait intacte. Mais le sang de Caro n’a fait qu’un tour et, alors qu’elle est loin d’être une spécialiste des animaux comme moi (Quand un jour je lui ai dit : « Il est trop mignon, le poster avec des renardeaux qui se trouve dans la salle d’attente du médecin, elle m’a répondu : « Aaaah, ce sont des renardeaux ! Et moi qui pensais que c’étaient des oursons… ») et qu’elle ne les aime que dans une très faible mesure (une tape amicale sur le chien en se bouchant le nez tout au plus), elle s’est levée comme une balle, a ouvert la porte de la cuisine, a enfilé les bottes en caoutchouc de Mère et, insensible à la pluie qui tombait et accessoirement au fait qu’elle s’adressait à des hommes armés, s’est mise à beugler « Bande d’enfoirés ». Un appel resté sourd, couvert par le bruit des balles, mais qui lui a valu nos applaudissements, pour la beauté du geste. C’est ainsi qu’elle a chassé les chasseurs et, par la même occasion, la famille O’Connor qui a rejoint la route, où les attendaient d’autres dangers.

Et on ne les a jamais revus depuis.

En parlant d’animaux, je vous avais relaté jadis sur ce blog qu’une nuit j’avais été réveillée par un boucan infernal dans les buissons en bas de ma fenêtre et que j’en avais vu sortir un kangourou.

Eh bien, figurez-vous que, quand Mère m’a tendu la paire de jumelles pour que je puisse mirer le retour des O’Connor, à la seconde même où il s’est mis de profil, j’ai compris mon ancienne méprise et je me suis écriée : « Maman !!! » « Oui Natha ? » »L’autre fois… Ce n’était pas un kangourou qui est sorti de mon buisson ! Mais un O’Connor ». Et Mère a mis sa tête entre ses mains dans un geste un peu désespéré que je n’ai pas su interpréter.

A croire que notre jardin extraordinaire porte bien son nom, parce que ce n’est pas tout.

Hier nuit, j’ai été réveillée par un halètement étrange que j’ai attribué au chien. J’ai pensé qu’il faisait une crise cardiaque ou une attaque de panique et, comme j’ai absolument besoin que ce chien soit immortel et que j’en connais un rayon question vétérinaire, je suis sortie de ma chambre en toute urgence devant Happy qui me regardait d’un oeil torve, visiblement dérangé dans son sommeil par mon ramdam. J’ai saisi que le bruit venait de dehors, et Happy aussi car son regard devenait maintenant apeuré. Je lui ai dit : « Quelqu’un respire fort dehors. C’est peut-être un monstre. Ou plus vraisemblablement un animal. Je dois sortir pour en avoir le coeur net ». Mais à cet instant, le chien s’est allongé de tout son poids sur mes pieds, bloquant le passage de la porte. Il voulait me protéger. « J’irai quand-même, même si je dois en payer de ma vie », lui ai-je dit. J’ai enjambé la bête et je suis sortie. Dehors, le halètement continuait de plus belle. il faisait noir comme dans un cul. Je commençais à flipper de ne rien voir. J’ai allumé la lampe de poche de mon téléphone et là je les ai aperçus : deux hérissons qui se taisaient à présent et me regardaient en faisant bouger leur petit nez trop mignon.

En fait, des hérissons forniquaient sous mes fenêtres. Si c’est pas merveilleux.

C’était une grande nouvelle, pour notre jardin extraordinaire. Car Mère a toujours voulu avoir des hérissons dans son jardin.

Elle avait même érigé un hôtel à hérisson dans le potager. Juste à côté du cimetière de Grisemine, feu le chat d’Adèle. Mais son hôtel est resté désespérément vide, même quand je lui recommandais de poser un paillasson « Welcome », jusqu’à pourrir sur place comme un vulgaire tas de bois.

La nouvelle étant trop importante et Mère étant de toute manière insomniaque, je suis montée jusqu’à sa chambre et, brandissant ma lampe torche dans son visage, j’ai crié : « On va avoir des choupissons !!! ». Elle était réveillée mais semblait indifférente ou tout au plus interloquée par mon annonce. « Qu’est-ce que tu dis ? ». Et elle a ajouté : « Des quoi ? ».

J’étais fière. Fière de connaître un mot que Mère ne connaissait pas, qui plus est en matière de bestioles. Je lui ai donc transmis le savoir inculqué par mes collègues, désireux de m’initier au monde des plants de tomates, des ancolies et des choupissons (Merci Dédé, merci Fabienne, grâce à vous je peux briller en société de par mes connaissances quasi encyclopédiques). J’ai précisé : « Des hérissons. On va avoir des bébés hérissons ».

Mère a bondi hors de son lit et elle est sortie en culotte dans le parterre de fleurs, d’où les hérissons fricoteurs avaient disparu. Elle était presque aussi émue que le jour où Caro lui a annoncé qu’elle allait devenir grand-mère. Et, comme j’ai tendance à mélanger les mots en ce moment (brouillard cérébral), j’ai dit : « Je n’en reviens pas. Et dire qu’on va avoir des bébés phoques ».

Mère s’est exclamée : « C’est vrai ? On va aussi avoir des bébés phoques ? » et je l’ai regardée avec un air circonspect. Puis elle est partie. Je lui ai demandé : « Tu vas où? » et elle a répondu : « Je reviens. Je vais voir dans la piscine. On ne sait jamais. »

Ouate de phoque

Docteur Synapse

Synapses en ébullition

Quel soutien magnifique ! Je ne m’attendais pas à autant de sollicitude… Et je ne m’attendais pas non plus à ce que la dépression ait touché autant de monde autour de moi. Alors mille mercis. Je pense que, du coup, le temps est venu pour moi de vous présenter mon nouveau personnage : le Docteur Synapse, inspiré de mon analyste, le Docteur Ortie qui lui non plus ne manque pas de piquant. Et pour commencer, une conversation que nous avons vraiment eue. Pauvre homme, il ne fait pas un métier facile.

Carnets d'atelier

Les apparences

Ce matin, j’avais envie de m’installer tranquillement au jardin et de peindre, ce qui ne m’était plus arrivé depuis longtemps. Ce que j’ai fait.

Mais mon cerveau a décidé qu’il en irait autrement.

Je ne vous en avais pas parlé ici parce que j’avais décidé de ne pas le faire. Parce que j’estime que c’est extrêmement privé et relativement gênant. Je ne sais pas pourquoi je le fais aujourd’hui. Un trop plein ? Mais je souffre de dépression depuis de nombreux mois et j’ai été mise en arrêt maladie longue durée.

Apparemment c’est parfois difficile à croire. Parce que je suis tout sourire. Parce que je suis rire. Mais parfois je donne le change. Ce n’est pas un effort pour moi, cela me vient naturellement, de donner le change. Et puis c’est vrai, je suis aussi rires et sourires. Heureusement. Visiblement, l’un n’empêche pas l’autre. Cela s’appelle « Une dépression souriante », et le terme me plait car il me décrit assez bien, dans mes contradictions.

La dépression est une maladie compliquée à comprendre pour qui ne l’a pas vécue de l’intérieur ou via l’entourage proche. Tout à coup le gouffre s’ouvre devant nos pieds, sans raison apparente parfois, ou pour des raisons que l’on a marre de ressasser en boucle. Et soudain tout est devenu impossible, jusqu’à la moindre respiration.

Oui elle est difficile à comprendre et les lieux communs sont pléthore, entre « Secoue-toi un peu », « Mais pourtant tu as tout pour être heureuse » et « Tu verras, quand les beaux jours vont arriver, tout ira mieux », « La dépression c’est la maladie du manque de courage » (Jung en personne, apparemment) que j’ai la chance de n’entendre que très peu voire pas du tout, étant bien entourée.

Si je vous parle de cela, c’est parce que justement le gouffre s’est ouvert sous mes pieds alors que je peignais au jardin.

Bon d’accord, j’écoutais « Blizzard » de Fauve et cette chanson que je connaissais déjà mais peut-être sans y prêter assez attention m’a percutée de plein fouet tant elle entre en résonance avec certains de mes démons.

Et je me suis mise à souffrir moralement tout en peignant un paysage dans les tons magenta, ce que je trouvais extrêmement antagoniste.

C’est de là qu’est partie ma réflexion : Ce soir je vais poster des photos idylliques (parce que je ressens en ce moment le fort besoin de partager mes avancées graphiques) et mon entourage va penser que je me la coule douce au soleil alors qu’intérieurement c’est le chaos le plus sombre qui puisse être.

D’où mes questions :

Peut-être suis-je comme ces personnes que je critique parfois, qui semblent étaler leur bonheur sur les réseaux sociaux alors que l’on sait que derrière, il y a crise ?

C’est une attitude humaine assez courante et simple à expliquer, entre envie de ne pas inquiéter les autres, besoin de se leurrer et envie de faire miroiter ce que l’on est pas. Ce n’est pas si grave à mon sens, peut-être juste un brin interpellant.

Mon second questionnement est plus fondamental. Pourquoi ce décalage presque systématique entre ce que je ressens et je peins ? Je ne nie pas que je suis couleurs vives, joie et allégresse. Mais parfois, pour qui me connait bien, je peux aussi être sombre, et cela ne transparait absolument pas dans mes peintures et dessins. A un tel point que souvent, je me demande si, à force de dessiner des petites filles qui observent des plans d’eau et à force de peindre des nénuphars, je ne serais pas en train de passer à côté de moi-même, de ce que j’ai vraiment envie de montrer, d’exprimer. En gros, je peins des fleurs roses alors que je voudrais clasher de l’encre de chine sur une toile immense que je pourrais ensuite lacérer. Je joue au vieux bonhomme barbu installé tranquillement dans son jardin (Monet) alors que je suis quand-même un rien David Lynch (qui, en fait, est peut-être, selon moi, à l’inverse, un « faux torturé », mais soit).

Et ce matin, un peu par magie, je reçois un magnifique cadeau de l’existence via le commentaire de Malyloup qui me dit « Je ne pourrais pas me lasser de tes nénuphars, ils me transportent dans des ailleurs qui me comblent ».

La formule, en plus d’être poétique, m’a donné un élément de réponse : Et si, en fait, je peignais presque systématiquement « Des ailleurs qui me comblent »?

En réponse à tout ce qui ne me comble pas. En réponse aux vécus douloureux. En réponse à la tragédie. En réponse à ma parfois trop haute mélancolie.

Cette piste me semble importante à suivre.

Et en attendant, apprenons à ne pas toujours nous fier aux apparences.

« Parce qu’on est de ceux qui guérissent » – FAUVE

Carnets d'atelier

Des étangs et encore des étangs

Il y avait un bloc de feuilles qui traînait dans mon atelier. Et, quand je l’ai ouvert, la première feuille était couverte d’une ancienne expérimentation faite de brou de noix et autres couleurs. J’ai décidé de la récupérer et de la couper en deux afin d’en faire le décor de deux dessins.

La voici :

Voici le premier dessin à différents stades d’avancement.

N

Et voici le second dessin.

Et puisque vous avez été sages, je vous en rajoute d’autres, qui parlent de … devinez quoi… d’étangs et de nénuphars.

Ici, de nouveau deux images sur une même page. J’aime bien photographier ça, cela fait des envers et des endroits.