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Inktober 6. Gin tonic

Nanie est arrivée en s’exclamant : “Je sais ce qu’il nous faut par ce temps pluvieux ! C’est … un apéro!”. Et elle a brandi une belle bouteille noire dont le goulot était décoré d’un collier de chien. J’ai sauté en l’air plusieurs fois. J’adore les apéros. Maman m’a fait un grand bol dans lequel elle a déposé des olives, des dés de fromage, des rondelles de boudin blanc et des petits fantômes. Maman et Nanie se sont servi de grandes rasades de gin tonic et elles se sont affalées dans le canapé. Elles ont déposé un grand bol sur la table basse dans lequel il y avait de grandes chips bien dorées. Je les ai montrées du doigt et maman a dit : “Non, pas celles-là, mon petit cœur. Celles-là, elles piquent”. Mais j’avais envie de les manger quand-même alors, dès que j’ai pu, j’en ai enfourné une dans la bouche. Mais c’était vraiment dégoûtant, ça m’a fait pleurer les yeux, alors je l’ai recrachée dans le pot, ni vu ni connu. Quelle idée, de manger des trucs pareils…

Ma participation à Inktober – Un dessin par jour pendant le mois d’octobre selon un thème imposé (J’ai choisi de vous raconter une aventure quotidienne du Pimousse selon les thèmes d’Inktomorphe) “Gin tonic”)

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Inktober 4. Vase

Quand j’arrache des pissenlits dans la pelouse et que je les apporte à maman, elle s’extasie toujours : “Oh mon bébé, tu offres des fleurs à maman ?!”. Alors, quand j’ai vu ces belles fleurs rouges sur l’appui de fenêtre, j’ai voulu faire pareil. Mais les choses ne se sont pas passées comme d’habitude. J’ai pas compris pourquoi.

Ma participation à Inktober – Un dessin par jour pendant le mois d’octobre selon un thème imposé (J’ai choisi de vous raconter une aventure quotidienne du Pimousse selon les thèmes d’Inktomorphe) “Vase”)

Partir en cacahuète

Mathilde est revenue

03 octobre 2021. Mathilde est revenue. Ma plus jeune sœur. Celle qui vit à Val d’Isère.

Avec Caro et Hannah, on est allées la chercher à la gare. Comme Hannah a peur de sa tata qu’elle voit moins souvent que les deux autres et qu’elle a l’habitude de se mettre à hurler quand elle la voit, je l’ai prévenue : “N’oublie pas que Petite Tata a la peau très bronzée, qu’elle a des très longs cheveux de hippie et des looongs bras et des looongues mains et des looongues jambes”. Mon avertissement a eu l’air de porter ses fruits parce qu’Hannah a certes un peu crié en voyant débarquer sa beatnik de tante, mais elle était surtout trop impatiente de lui montrer qu’elle n’avait pas oublié leur cri de ralliement, à savoir l’imitation d’un lion qui crie et lacère l’air de ses pattes. 

On est arrivées à la maison. Mère a serré très fort sa fille chérie dans ses bras puis, dès qu’elle a eu jeté ses immenses sacs sur le sol, Mathilde a balayé la pièce du regard et s’est exclamée : “J’AI FAIM”. J’ai dit : “Le criquet ravageur est de retour. Planquez vos provisions” et Adèle a dit à sa sœur : “Si tu veux, je t’ai acheté des sandwichs mous”. “Oh trop cool !!!” a répondu Mathilde, ravie. Mais Mère, qui tente encore d’œuvrer à parfaire l’éducation de ses nombreuses filles malgré leur âge adulte parfois très avancé, a décrété : “Mais enfin, Mathilde. On va passer à table. Ne mange pas tes sandwichs maintenant, tu n’auras plus faim”, et Mathilde a dû ronger son frein. Nous, on a eu très peur qu’elle mute, la faim la rendant passablement agressive et invivable, alors on a détourné son attention en expliquant à Hannah : “Tu sais, ta Petite Tata adore les sandwichs mous. Et avant de les mettre en bouche, tu sais ce qu’elle fait ? Elle les raplatit avec sa graaande paume. Comme ça”. Et on a imité la manœuvre culinaire de Mathilde qui consiste à raplatir ses sandwichs. Je sais, Gary. C’est à se demander comment cette fille travaille dans de grands restaurants étoilés. Hannah a bien aimé notre démonstration, alors elle a aplati des sandwichs imaginaires pendant un petit moment en riant très fort.

Ensuite, Hannah a montré à sa Petite Tata les marrons qu’elle avait récolté chez son Papy et Petite Tata a eu l’idée géniale d’initier une partie de bowling-marrons dans le salon. Mais comme le lancer d’Hannah est encore approximatif, le bowling s’est assez rapidement transformé en machine lanceuse de balles de tennis, mais qui lancerait des balles magiques. Les marrons ont jonché le sol et j’ai essayé de faire très attention à où je posais les pieds car avec mon bol légendaire, j’allais encore parvenir à rouler sur l’un d’eux et me briser la colonne. 

Hannah a pris soin d’expliquer dans les moindres détails en quoi consiste son nouveau jeu. “Tu vois, Tata, je m’empare d’une petite casserole de dinette et je dépose un œuf en plastique dedans. Ensuite je ferme le couvercle de la casserole, je secoue très fort la casserole puis je l’ouvre. Là, il faut s’exclamer : “Miaaaaam !!!” et prendre l’œuf. Ensuite il faut faire semblant de manger l’œuf, puis il faut faire semblant de se brûler et déclarer : “Il est encore chaud”. Le mieux étant de répéter l’opération cinquante-deux fois”. Apparemment, Petite Tata n’a pas compris tout le règlement. Elle a imité une radio qui crachote et, avec son doigt-antenne, elle nous a fait comprendre qu’il faudrait rapidement l’initier au langage complexe de sa nièce parce qu’apparemment, elle a juste capté : “Ana a Mh. A oh. Ah Tata. Oh miaaaam. Oh ! Ako chau”.

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Inktober 3. Baignade

J’ai vu la mer. Ses grandes vagues agitées, ses rouleaux puissants. J’ai couru sur le sable mouillé. Mes orteils s’enfonçaient profondément. J’ai envoyé valser mes vêtements et mes bottes. Me suis jetée dans l’eau froide, glacée. J’ai crié. Mon cri a rejoint celui d’une mouette qui retentissait au loin. Les vagues me frappaient en plein visage, en grandes éclaboussures. Je me suis allongée sur le dos. Me suis laissée flotter comme un bouchon. Dans mes oreilles, j’entendais le reflux de mon sang pendant que, dans le ciel gris, de gros nuages oranges se prélassaient paresseusement. 

Ma participation à Inktober – Un dessin par jour pendant le mois d’octobre selon un thème imposé (J’ai choisi de vous raconter une aventure quotidienne du Pimousse selon les thèmes d’Inktomorphe) “Baignade”)

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Inktober 2. Chat

J’étais dans les bras de maman. On observait Marcellito qui déambulait sur les toits quand j’ai dit : “Chat”. Maman s’est écriée : “Tu as dit chat, mon Bébé !!!” et elle m’a levée dans les airs. Puis elle m’a regardée dans les yeux et, tout en pleurant, elle a répété : “Tu as dit chat”. Ensuite elle a appelé Papy, puis Mamy en leur expliquant que je venais de dire chat. Papy et Mamy ont crié : “C’est formidable!” au téléphone, et mes tatas ont applaudi en criant : “Bravo, Pimousse !!!”.
Parfois, je me demande ce qui ne tourne pas rond dans ma famille. S’ils se mettent dans des états pareils parce que je dis “chat”, je me demande la tête qu’ils feront quand je leur parlerai des plans que je vais soumettre pour le Nobel de chimie, mon grand projet d’explosifs à base de litière pour chats et de chips aux crevettes.

Ma participation à Inktober – Un dessin par jour pendant le mois d’octobre selon un thème imposé (J’ai choisi de vous raconter une aventure quotidienne du Pimousse selon les thèmes d’Inktomorphe) « Chat »)

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Inktober 1. Retour de marché

Tous les jeudis, maman m’emmène au petit marché de notre quartier. Elle dit qu’il faut faire le plein de vitamines. Monsieur Léon, le crémier, m’offre toujours un petit morceau de fromage. J’aime bien.
Ce matin, le filet d’oranges que maman portait s’est cassé et les oranges ont roulé partout. Comme la rue est en pente, maman a dû courir pour les rattraper. C’était vraiment rigolo de la voir courir comme ça et de la voir se coucher sur le sol en allongeant le bras pour essayer d’attraper les oranges qui avaient roulé en dessous des voitures. J’ai voulu l’aider à ramasser les oranges, mais elle m’a dit : “Laisse-moi faire, Pimousse. Ne touche à rien”.

(Ma participation à Inktober – Un dessin par jour pendant le mois d’octobre selon un thème imposé (J’ai choisi de vous raconter une aventure quotidienne du Pimousse selon les thèmes d’Inktomorphe) « Retour de marché »)

Psychanalyse

Madame Chandelier

La dernière spécialiste que je suis allée consulter, il y a un peu plus de trois ans, se nommait Madame Chandelier.

Un nom pareil pour une psychologue, avoue quand-même que ça ne s’invente pas, Gary.

Naïvement, cela m’avait mise en confiance. Un peu comme si elle était prédestinée à faire la lumière sur mes zones d’ombre.

J’aimais bien Madame Chandelier. Elle était douce et gentille et certainement compétente. Mais je repense parfois à notre dernière entrevue.

J’étais assise sur une chaise même pas confortable, en face d’elle, calée entre un grand ficus et une table basse. Je pleurais. Je jetais un à un mes mouchoirs en papier dans une corbeille en me lamentant sur mon sort. Quand tout à coup m’est venue une image. Une image saisissante d’à-propos.

Des images me viennent souvent à l’esprit. C’est peut-être comme cela que mon cerveau fonctionne en partie. C’est peut-être parce que je suis illustratrice. Alors je lui en ai fait part. Je lui ai dit : “Vous savez, Madame Chandelier, parfois, j’ai l’impression que ma vie affective ressemble à un champ de ruines, une scène telle qu’on n’en voit qu’au journal parlé pour nous montrer des morceaux de ce qui reste de la Syrie, une terre infertile sur laquelle plus rien ne pourra jamais plus pousser, une vaste étendue de désolation”.

Puis je me souviens avoir un peu parlé d’autre chose et cela a sans doute détourné son attention. Peut-être même a-t-elle opéré un virage à 180 degrés ou a-t-elle appuyé sur la touche delete de tout ce que je lui ai raconté, je ne sais pas, mais elle m’a dit, pour clôturer la séance, et nos entretiens en général : “Je trouve que vous allez beaucoup mieux, Madame Sacré. Je pense que vous n’avez plus besoin que l’on continue à se voir. tout ira bien, ne vous inquiétez pas. Vous allez certainement rencontrer un beau jeune homme qui vous rendra heureuse.”

Madame Chandelier m’avait-elle un tant soit peu écoutée?

Je n’attends pas que mon salut vienne d’un beau jeune homme. Et encore moins d’un vieux laid.

Je veux juste faire la paix avec ceux qui m’ont offensée.

Comme Jésus-Christ.

Ni plus ni moins.