Barakis de plage

Dans la grande famille des barakis, la plus dangereuse des sous-espèces est sans aucun doute le baraki de plage.


Se déplaçant en troupeau, son cri se distingue des autres spécimens du règne humain par son volume sonore généreux et douloureux à l’oreille.
Si vous désirez en observer, inutile de vous mettre à l’affût : les plages du Nord de la France en regorgent et ils ne sont pas farouches pour un sou.
Nous par exemple, avons eu l’insigne honneur d’en croiser pas plus tard qu’hier, et du plus bel acabit. Une famille entière.
Ils sont arrivés dans une vieille carlingue rouge, s’approchant le plus possible de la plage. Si la voiture avait pu, je crois que le mâle alpha aurait déposé sa meute sur le rivage. Il a laissé le moteur allumé et a jeté ses ouailles hors du véhicule. Deux adolescentes triplement obèses en sont sorties, s’extirpant du véhicule sans la moindre once de grâce, toutes les deux cramées comme des steaks sur le grill. Ils ont déroulé leurs serviettes sur le sable et se sont installés.

Avec eux, un bébé de deux ans à peine, carapatant dans le sable bouillant en couche culotte, sans chapeau, sans T-shirt, sans parasol et très probablement sans crème solaire. Sa grande soeur décide de lui frotter le visage, qu’il a recouvert de sable, mais il rechigne. Elle lui crie : « Mais t’as plein de sable sur la gueule. Je fais ça pour t’aider, espèce de gogole » avec un accent à couper au couteau.

Nous assistons à ce beau spectacle, installées sur nos serviettes. Nous ricanons. Méjugeons. Nous rassurant du mieux que nous pouvons : « Quelle chance nous avons d’être nées dans une belle famille, digne et aimante ».
On lève le camp. Caro époussette Hannah. Elle s’exclame : « Eh, mais t’as un coquillage dans le pète ! » On s’étonne. « Oui, confirme-t-elle : regardez, les filles, elle a un coquillage entre les fesses ». On le lui extrait. On se lève. On se regarde. Nous avons clairement relâché la pression : on a les cheveux sales ; en pétard, on a sauté dans des shorts sans forme, glissé nos orteils dans des slaches de compète qui font traîner la patte, le poil hirsute. En quelques jours, nous avons adopté différents mouvements que nous avons combinés : no bra, no poo, no shave, no future.
« On peut toujours se moquer, dit Célia. Mais on dirait un peu des phoques qui se moquent des autres phoques sur la banquise »
« C’est-à-dire ? »
« Je veux dire qu’en fait, les barakis : c’est nous » précise-t-elle en glissant ses pieds dans ses clapettes orange fluo.

7 commentaires

  1. Bonjour Natha, Vous avez donc du apprécier mon dernier post (Eden-Roc) sur le même sujet.. !
    Je ne connaissais pas l’expression « Barakis »… je suppose que ce sont nos « manouches » à nous ?!

    J’aime

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